Le Faucon Maltais, c'est un peu le film des grandes premières : 1ère réalisation pour John Huston, 1er rôle principal (du côté du "bien" qui plus est) pour Humphrey Bogart et surtout, premier film catégorisé (à posteriori) dans un nouveau genre appelé Film Noir. Cela en dit long sur son importance dans l'Histoire du Cinéma.
Comme chacun le sait, toutes les premières fois ne déroulent pas au mieux.
Pourtant, Humphrey Bogart crève littéralement l'écran en incarnant Sam Spade. Son charisme pèse lourd, et annonce avec grand fracas la réussite de sa seconde partie de carrière. John Huston, pour sa part, s'en tire honorablement avec des plans très réussis et un rythme bien soutenu. Petit bémol pour quelques faux raccords qui m'ont vraiment sauté aux yeux. Suis-je trop sévère pour un film de 1941 ? Peut-être. J'ai néanmoins vu d'autres films de la même époque qui ne souffraient pas ou peu de ce genre de problème formel. Ça ne reste qu'un détail, Le Faucon Maltais est globalement bien mis en scène.
Là où le syndrome de la "première fois" se fait plus sentir, c'est dans la narration. On partait pourtant sur une trame simple (et non simpliste), pleine de promesses, où le mystère résidait dans l'identité et la motivation du/des tueur(s) et la recherche du désormais classique MacGuffin. Que s'est-il passé alors ? L'intrigue est difficilement lisible, faussement complexe car maladroitement exposée, bref... On peut facilement s’y perdre. Personnellement, j'ai moyennement cru aux révélations finales, la faute à des justifications tarabiscotées, mais aussi à la faiblesse de l'écriture du personnage de Brigid O'Shaughnessy (joué par Mary Astor, peu convaincante à mon goût). La fin reste sauvée par
l'éclaircissement des intentions de Sam Spade (que je tairais ici). Un final qui, s'il fleure bon le *Code Hays* dans sa morale, reste tragique.
Malgré cela, le film a su retransmettre à l'écran les ingrédients qui ont fait le succès de la littérature Hard Boiled, en mettant en scène un personnage cynique et désabusé, influençant ainsi avec succès le genre du Film Noir.
Comment ne pas apprécier l'oeuvre qui a osé et posé les jalons d'un genre qui a depuis accouché de nombreux chefs-d'oeuvre ?