A voir l'interprétation d'Henry Fonda, on se dit qu'il est dommage qu'il n'ait pas d'avantage tourné avec "Hitch". Sa composition d'homme ordinaire dépassé par des évènements incompréhensibles est absolument parfaite, même meilleure que celles de James Stewart dans le même genre de rôle ("L'homme qui en savait trop", par exemple).

Vera Miles est impressionnante dans son glissement vers la dépression et donne un avant-goût de l'extraordinaire prestation de Tippi Hedren dans "Pas de printemps pour Marnie".


Hitchcock nous éblouit par sa mise en scène virtuose :

- cadrages des personnages principaux qui suggèrent leur isolement face à ce qui leur échappe totalement, et l'enfermement que leur font subir le regard et le jugement de leurs accusateurs ;

- photographie noir et blanc toute en grisaille, qui accentue le malaise de la situation ;

- musique de Bernard Herrmann en parfaite symbiose avec l'image ;

- aucune scène spectaculaire du genre de "La mort aux trousse" ou "L'homme qui en savait trop", mais un suspense intense qui se nourrit de détails banals de la vie quotidienne, vus sous un angle intriguant ou un éclairage inquiétant.


Hitchcock a ainsi réussit à porter au sommet le suspense psychologique sans grands effets, si ce n'est la scène violente dans laquelle Vera Miles jette une brosse au visage d'Henry Fonda.


Enfin, le réalisateur transcende l'intrigue à un niveau supérieur et inattendu en faisant intervenir la providence divine dans la résolution du quiproquo fatal : c'est suite à la prière du héros, catholique, que le vrai coupable est démasqué. Et le plus fort, c'est que ce "miracle" nous est montré "en direct", tandis que le héros prie : Hitchcock réutilise, mais avec une force magistrale, le vieux procédé de la surimpression progressive du visage du héros sur celui du vrai coupable.

On peut vraiment appliquer ici à Hitchcock les mots de François Mauriac qui disait que le grand don de Bernanos est de "rendre naturel le surnaturel".

Compliment qui convient aussi parfaitement à "La loi du silence" ("I confess") du même "Hitch"...

David_Waléra
9
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