Ce n'est que récemment que j'ai découvert ce film peu connu de Franck Borzage, réalisé en 1948 vers la fin de sa carrière. C'est un film très court puisqu'il ne dure que 75 minutes.
Le scénario (tiré d'un roman "Moonrise" d'après le générique) met en scène un enfant, Danny, en butte aux moqueries des autres gamins car son père fut pendu à la suite d'une condamnation pour meurtre. Et à l'âge adulte, ce passé, qui n'est pourtant pas un passif, le poursuit l'empêchant de trouver du travail et en le contrariant dans son amour pour une jolie fille, Gilly. La méchanceté d'un rival (riche et ancien tourmenteur), l'insulte de trop et voilà qu'une bagarre éclate et Danny tue le jeune homme accidentellement. Danny craignant une issue analogue à celle de son père tente de fuir mais où ?
Le film est à classer parmi les films noirs mais la fibre romantique de Borzage pousse le film vers d'autres horizons, une réflexion sur la culpabilité et le cheminement intérieur vers la rédemption. L'habileté de Borzage permettra d'éviter le discours trop explicitement moraliste en laissant mûrir la réflexion intime de Danny sur la base de l'Amour, d'une part et de la Conscience, d'autre part, pour aboutir à un apaisement et une acceptation de sa culpabilité.
La mise en scène est très efficace et très expressive. Par exemple, le début du film montre la pendaison du père en ne filmant que les jeux de jambes des bourreaux et du condamné puis en transférant la malédiction du pendu à son fils Danny qui observe, pensivement, la suspension qui remue au-dessus de son berceau.
Le casting s'articule autour de trois personnages principaux.
Le personnage de Danny est interprété par Dane Clarke. Peu sympathique au début du film (une timidité et une maladresse liée au poids de ce passé qui l'accable), Borzage retouche peu à peu le portrait tout au long du film. Le jeu forcément un peu complexe est bien rendu.
La Conscience que j'évoquais plus haut est incarnée par le vieux Mose, très bien joué par Rex Ingram en vieux solitaire noir qui élève des chiens à proximité d'un marais chez qui Danny va se réfugier. C'est un très beau personnage humaniste. Alors qu'il a intuitivement compris le dilemme de Danny, il égrène sur sa guitare un beau blues infusant quelques éléments de réflexion chez Danny …
Bien sûr, il me reste à parler de l'Amour incarné par une belle Gail Russel, amoureuse d'un garçon tourmenté mais qui ne peut pas être foncièrement mauvais. A sa façon, elle contribuera aussi au retour de Danny sur lui-même. J'avais découvert avec bonheur Gail Russel dans un western plein de charme "l'ange et le mauvais garçon" où elle jouait le rôle d'une Quaker (l'Ange) face à un mauvais garçon, John Wayne.
La mise en scène à la fois simple et expressive, le cheminement de Danny, la présence lumineuse de Gail Russel, le vieux blues de Rex Ingram, voilà des ingrédients qui me rendent ce film tout-à-fait passionnant.