Il y a vraiment un monde entre les Borzage de la fin des années vingt, somptueuses perfections esthétiques et thématiques qui trônent au sommet de leur art et sa carrière postérieure...
Nous sommes en 1948, il nous emmène dans une petite ville comme tant d'autres, avec son drugstore, sa fête foraine, son bal du samedi soir et d'ailleurs notre héros, soufre-douleur de la ville depuis sa plus tendre enfance pour avoir eu un père sur l'échafaud se bat une fois de trop avec son bourreau préféré, Lloyd Bridges, fils à papa local qui ne se relèvera pas....
Dane Clark joue le fils du pendu, sorte de boulet qui va passer le film à suer, angoisser, halluciner et à accumuler les conneries pour cacher le meurtre accidentel... Et à un moment, ça devient casse-couille, c'est interdit les types qui agissent avec deux sous de bon sens ou quoi ? J'en ai rien à secouer de son traumatisme de mes deux qui doit passer par grand-mère Barrymore pour se calmer, surtout que le type est passablement violent, plutôt antipathique et constamment imbécile...
Et c'est dommage parce qu'il n'y a que Borzage pour oser raconter des histoires pareilles et qu'il sait tout de même le faire et parce qu'il y a du beau monde dans cette ville : Allyn Joslyn en shérif débonnaire, Irving Bacon en éternel larbin, Rex Ingram en bluesman solitaire, Gail Russell en fraîche institutrice, et Harry Carey Jr., et Harry Morgan...
Alors on oublie le fil conducteur pénible et on s'oublie allongé dans l'herbe dans les marais, entre la chasse au raton-laveur et les flirts secrets et Borzage cache toujours ici et là des plans étonnants de justesse et ça permet de se promener sans s'ennuyer, même si on en a positivement rien à cirer de ce foutu fils de pendu fataliste aux yeux de chien battu...