Le gangster trop classe, le flic à taper et l'assassin mal écrit...

Allez ! Parce que c’est coréen – et surtout parce qu’il n’y a pas grand-chose qui m’émoustille cet été au cinéma ! – allons voir ce « Le gangster, le flic et l’assassin » ! Certes, de nos jours, la sortie en France d’un film sud-coréen n’est plus forcément synonyme de grosse claque dans la tronche (Ah la décennie 2000 ! Qu’est-ce que tu me manques !), mais bon, d’un autre côté ça ne veut pas dire non plus qu’on risque de tomber à chaque fois sur des navets comme le fut ce « The Spy Gone North » sorti l’an dernier…


Malgré tout – et pour être entièrement honnête avec vous – je dois avouer que le premier quart d’heure de ce « Gangster » m’a fait un peu peur. Certes la mise en scène n’était pas hideuse, mais les situations comme les personnages n’avaient vraiment rien de rassurants. Ça cabotinait. Ça surjouait. Ça parlait dans le vide. L’intrigue se révèlait très plate et les dialogues très lourdement écrits. Bref, rien d’engageant. L’annonce d’un terrible ennui… Et puis, au bout d’un petit moment, est survenu l’événement qui m’a fait comprendre le titre du film.


Un flic et un gangster qui vont s’allier pour retrouver un serial killer ? Ah ça ! Il a mis du temps à arriver cet élément perturbateur mais il faut avouer qu’il pose une situation intéressante, surtout que – pour ce coup-ci – l’écriture parvient bien à souligner les axes que l’intrigue entend explorer : la police dispose de l’essentiel des indices et peut mener des analyses poussées tandis que les gangs disposent quant à eux d’une plus forte main d’œuvre et d’une plus large palette d’actions sur le terrain. A eux deux ils peuvent coffrer l’assassin. Mais tous deux ne nourrissent pas les mêmes projets. Il s’agit donc de collaborer certes, mais d’arriver le premier avant l’autre sur l’objectif.


Par cette petite originalité, ce qui s’annonçait au départ comme une banale chasse à l’homme – un simple polar nerveux – se transforme progressivement en un thriller plus complexe, avec des intrigues complémentaires qui viennent se greffer habilement à ce tronc central. A partir de là, ce film commence vraiment à prendre de l’épaisseur et à questionner sur sa résolution. Mon attention n’en a été que grandissante surtout que, comme indiqué plus haut, formellement ce film reste très convenable.


Malheureusement, il y a quand-même un plafond de verre que ce « Le gangster, le flic et l’assassin » ne parvient pas à franchir. Certes il est formellement convenable, mais il se perd tout de même souvent dans des effets un peu trop surfaits, appuyés qui plus est par une musique assez balourde. De même, il y a une vraie inégalité dans la qualité d’écriture des personnages qui a de quoi laisser mi-figue, mi-raisin : si Ma Dong-Seok est plus que convaincant en gangster, voire même carrément jouissif sur la fin, Kim Mo-Yul est par contre assez agaçant dans sa caricature de flic casse-cou / sans-gêne / badass. Quant à Kim Sung-Kyu, il souffre malheureusement de son côté d’une écriture assez affligeante : le pauvre sombre au fur et à mesure que le film le met en lumière.


Le final est d’ailleurs en lui-même assez révélateur des forces et des limites de ce film. Certes il est riche en rebondissements et savamment amené pour permettre un bon climax conclusif, mais d’un autre côté il trimballe malgré tout ce côté artificiel et sur-écrit qui le rend lourd et peu digeste.


Mais bon… Allez… L’un dans l’autre, franchement, si on sait faire l’effort de se mettre un peu dedans le temps que l’intrigue se lance, ce « Le Gangster, le flic et l’assassin » reste un spectacle convenable qui a le mérite de poser quelques bonnes idées et quelques bons moments. Dans le fond, je trouve même qu’il a tout bon, le souci venant essentiellement d’un manque de justesse dans la forme. En gros, dans d’autres mains, ce film aurait vraiment pu être une petite bombe. Ç’en est au point que j’en viens même à espérer qu’un Martin Scorsese ou autre réalisateur talentueux tombe sur ce film et se décide à en faire un remake comme jadis « les Infiltrés » avaient su transcender « Infernal Affairs ». Ça, pour le coup, ça déboiterait vraiment…

Créée

le 27 août 2019

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