Dire que j'ai apprécié le garçon est la bête est un euphémisme. Mamoru Hosada est entrain de devenir le nouveau maître de l'animation japonaise. J'avais découvert son travail avec Les enfants loups Ame et Yuki (que j'avais adoré) mais le garçon et la bête va encore au-delà de ce précédent film pourtant superbement réussi.


Ce film repose sur quatre thèmes majeurs que sont les relations père-fils, le rejet, l'acceptation, et la transmission de savoirs.


Concernant la thématique de la relation père-fils, trois situations sont à mettre en parallèle et amènent à s'interroger sur ce qu'est un père et sur ce qu'est un fils. D'abord, le spectateur est confronté à la relation qui s'instaure entre Kumatetsu et Kyūta/Ren. Le spectateur, tout comme Kumatetsu et son disciple Kyūta/Ren, sait qu'il n'existe aucun lien filial entre les deux principaux protagonistes, pourtant, la relation qu'ils vont nouer ressemble à une relation père-fils dans laquelle Kumatetsu va éduquer et prendre soin de Kyūta/Ren, lui servant de modèle et Kyūta/Ren sera tiraillé entre le choix de rester auprès de son maître (et devoir rester au Jūtengai) et celui de rester auprès de son père, de Kaede et des autres humains (et devoir rester à Shibuya). Ensuite, le spectateur est amené à voir les retrouvailles entre Kyūta/Ren et son père. Absent la majeure partie de la vie de son fils, celui-ci n'aura de hâte que de construire une relation père-fils qui n'a jamais existé et qui, dans un premier temps, effraie Kyūta/Ren tant cet homme qui lui a donné la vie est un inconnu. Enfin, le spectateur est amené à découvrir que Iōzen a élevé son fils Ichirōhiko dans l'ignorance qu'il n'y avait, en fait, aucun lien filial entre les deux personnages.


Si ce film ne reposait que sur la thématique de la relation père-fils, il ne serait pas aussi complexe et passionnant qu'il l'est. Au delà des problématiques liées aux relations familiales existant entre les personnages, ce film présente deux aspects particuliers de la psychologie humaine : le rejet et l'acceptation.


Concernant la thématique du rejet, elle est abordée sous l'angle du rejet de soi puis sous l'angle du rejet des autres. Le rejet de soi va être abordé à travers le personnage de Kumatetsu, qui est rejeté par les autres du fait de son mauvais caractère et de sa paresse, et qui va vivre isolé et craint des autres en compagnie de Tatara ; puis à travers le personnage d'Ichirōhiko, qui a été abandonné par ses parents lorsqu'il était un bébé par ses parents puis recueilli et élevé comme s'il était son fils par Iōzen et qui rejette sa propre identité d'être humain, rejetant par là même l'ensemble des humains. Le rejet des autres va être abordé à travers le personnage de Kyūta/Ren alors qu'il est enfant et en plein Shibuya (ce rejet des autres par Kyūta/Ren va se symboliser en une phrase "je les déteste" répétée plusieurs fois) et à travers le personnage d'Ichirōhiko qui répétera à plusieurs reprises qu'il déteste les humains. Ce qui est intéressant de noter, c'est que l'auteur, Mamoru Hosada considère le rejet des autres comme un traumatisme, une faille dans la personnalité de ses personnages qui vont conduire à la destruction. Il est aussi important que le rejet de l'espèce humaine est ce qui rapproche et ce qui oppose Kyūta/Ren et Ichirōhiko et c'est aussi ce qui va conduire à leur affrontement.


Cette thématique du rejet est présentée en symétrie de la thématique de l'acceptation des autres et de soi. Cette acceptation des autres est présentée à travers le personnage de Kyūta/Ren par sa soif d'apprendre et de comprendre le monde des humains dans lequel il n'a pas grandi et, au sein duquel, le personnage de Kaede lui sert de guide, de professeur. L'acceptation de soi est présentée à travers le personnage de Kumatetsu de manière infiniment subtile. Kumatetsu ne fait rien pour être accepté par les autres, il s'est occupé de celui qui est devenu son disciple comme un père se serait occupé de son fils et ce sont les autres, voyant ce que Kyūta/Ren était devenu, qui ont reconnu sa valeur. Cette acceptation des autres n'est totale que lorsque Kumatetsu demande à être réincarné.


Dernière thématique du film (et à mes yeux, la plus importante), la transmission de savoirs. Le film propose un questionnement passionnant sur l'apprentissage, l'apprenant, l'enseignant, la relation maître-élève, et encore l'autodidactie... Pour saisir l'enjeu de tous ces questionnements, une scène est déterminante. Le seigneur et Iōzen observent l'entraînement de Kumatetsu et Kyūta/Ren, Iōzen faisait observer au seigneur à quel point Kyūta/Ren était devenu fort, le seigneur fait alors observer que si Kyūta/Ren était devenu effectivement très fort, celui qui avait fait le plus de progrès était incontestablement Kumatetsu au point qu'il se demande qui a été le disciple de qui.


J'ajouterai un bémol. Le personnage de Kaede, à mon sens, n'est pas assez mis en valeur et pourtant, il est intéressant d'une part, pour son courage (elle ne fuit pas devant le danger, elle l'affronte) mais aussi pour ce qu'elle dit ("il y a aussi en moi une part de ténèbres"). Il aurait été intéressant que Mamoru Hosada développe d'avantage ce personnage qui m'a fait penser de manière irresistible au personnage de Hana (tant par son caractère que par son charadesign) dans Les Enfants loups.


Le Garçon et la Bête est un film complet aux degrés de lecture multiples qui ravira tant les enfants, les parents que les enseignants. Il s'inscrit parfaitement dans la filmographie de son auteur et représente, à mes yeux, le pendant masculin des Enfants loups, son précédent film.

Lucas-Gdn
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le 20 juin 2016

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Lucas Gdn

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