Dans un pays lointain, et dans un contexte historique bien reconstitué, les chants à la gloire du "Maître suprême" succèdent au chant du coq, et l'ancrage de messages subliminaux se fait dès le plus jeune âge. Au cœur de tout cela, dans un village paysan, une fillette doit exécuter une corvée nationale, sans avoir d'autre choix. Des ingrédients simples deviennent alors des trésors précieux dans un monde où les denrées sont rares et où les vies ne valent pas grand-chose. Ici, l'égoïsme et le chacun pour soi ont la part belle et l'autorité fait loi, partout. Chacun use de son pouvoir sur les plus faibles et les figures masculines en prennent pour leur grade. Dans cette quête absurde, l’entraide se fait rare et seuls une poignée de personnages offre une main tendue. Ce sont surtout l’insouciance et la débrouillardise de la jeunesse qui sortent Lamia et ses acolytes, Saeed et Hindi le coq, des situations critiques.
Le Gâteau du Président a le mérite d’ouvrir des portes à un cinéma irakien méconnu, et de nous dessiner le tableau d’un passé marquant à hauteur d'enfant. Nous suivons donc avec intérêt et empathie la petite troupe sur un chemin semé d’embuches. Une fable initiatique pour une nouvelle génération qui ouvre les yeux sans cligner sur un monde cruel et sans scrupule. Le métrage n’est certes pas subtil dans sa peinture, et on le voit au nombre de portraits de Saddam tout au long du film, mais Hasan Hadi réussit à montrer une réalité qui a bien existé et qui a fait le quotidien malheureux de tout un peuple.
Le gâteau du président aura coûté bien plus cher que le prix de ses ingrédients, pour finalement ne valoir rien comparé aux tours d'argent et de crème érigées par le dictat pour faire bonne figure et garder sa place au-dessus de tous. Et pour la population, ce sera toujours pire. Sur les flots, les visages reflètent des larmes, et les bombes détruisent l'espoir qui reste.