Dans un pays lointain, et dans un contexte historique bien reconstitué, les chants à la gloire du "Maître suprême" succèdent au chant du coq, et l'ancrage de messages subliminaux se fait dès le plus jeune âge. Au cœur de tout cela, dans un village paysan, une fillette doit exécuter une corvée nationale, sans avoir d'autre choix. Des ingrédients simples deviennent alors des trésors précieux dans un monde où les denrées sont rares et où les vies ne valent pas grand-chose. Ici, l'égoïsme et le chacun pour soi ont la part belle et l'autorité fait loi, partout. Chacun use de son pouvoir sur les plus faibles et les figures masculines en prennent pour leur grade. Dans cette quête absurde, l’entraide se fait rare et seuls une poignée de personnages offre une main tendue. Ce sont surtout l’insouciance et la débrouillardise de la jeunesse qui sortent Lamia et ses acolytes, Saeed et Hindi le coq, des situations critiques.

Le Gâteau du Président a le mérite d’ouvrir des portes à un cinéma irakien méconnu, et de nous dessiner le tableau d’un passé marquant à hauteur d'enfant. Nous suivons donc avec intérêt et empathie la petite troupe sur un chemin semé d’embuches. Une fable initiatique pour une nouvelle génération qui ouvre les yeux sans cligner sur un monde cruel et sans scrupule. Le métrage n’est certes pas subtil dans sa peinture, et on le voit au nombre de portraits de Saddam tout au long du film, mais Hasan Hadi réussit à montrer une réalité qui a bien existé et qui a fait le quotidien malheureux de tout un peuple.

Le gâteau du président aura coûté bien plus cher que le prix de ses ingrédients, pour finalement ne valoir rien comparé aux tours d'argent et de crème érigées par le dictat pour faire bonne figure et garder sa place au-dessus de tous. Et pour la population, ce sera toujours pire. Sur les flots, les visages reflètent des larmes, et les bombes détruisent l'espoir qui reste.

Lilange
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste 2026 : Explorations Pelliculaires

Créée

le 15 févr. 2026

Critique lue 20 fois

Lilange

Écrit par

Critique lue 20 fois

5
3

D'autres avis sur Le Gâteau du Président

Le Gâteau du Président

Le Gâteau du Président

7

Sergent_Pepper

3176 critiques

Under the silver cake

Caméra d’or du dernier Festival de Cannes et prix du public à la Quinzaine des cinéastes, ce premier film a déjà le mérite de mettre au-devant le très rare cinéma irakien. Le cinéaste évoque ici ses...

le 17 févr. 2026

Le Gâteau du Président

Le Gâteau du Président

8

Cinephile-doux

8162 critiques

La petite au coq

L'Irak de 1990, avec son culte insensé et obligatoire à Sadam Hussein, a tout d'un pays qui pourrait se nommer l'Absurdistan. Pour son premier long métrage, Hasan Hadi a choisi pour personnage...

le 1 juil. 2025

Le Gâteau du Président

Le Gâteau du Président

7

Electron

856 critiques

Tradition pervertie du gâteau d’anniversaire

Irak 1990, alors que l’ONU lui impose un sévère embargo, le pays s’apprête à fêter l’anniversaire (50 ans) de Saddam Hussein. Pour cela, les enfants vont devoir préparer des cadeaux selon une...

le 13 janv. 2026

Du même critique

Mud - Sur les rives du Mississippi

Mud - Sur les rives du Mississippi

8

Lilange

142 critiques

Stand by Mud

Dear Jeff, Je suis tombée tardivement dans les méandres de tes pellicules poussiéreuses, et je m’en excuse humblement. Après tes histoires de familles dans Shotgun Stories et ton immersion...

le 13 juin 2016

Le Tombeau des lucioles

Le Tombeau des lucioles

10

Lilange

142 critiques

La bière de l’innocence

Il est des films qui ne quittent pas les mémoires et Le Tombeau des Lucioles (Hotaru no haka) est pour moi l’un de ceux-là. L’histoire de deux jeunes êtres, un frère et une sœur, Seita et Setsuko,...

le 6 mars 2016

Your Name.

Your Name.

7

Lilange

142 critiques

Thread of Time

Il est des fils qui cassent, d’autres qui lient. Il est des noms qu’on crie, et d’autres qu’on oublie. Kimi no na wa… Monsieur Makoto Shinkai nous a habitués, il faut le dire, à sa vision des liens...

le 21 janv. 2017