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Clank
Même s’il existe des bougons écœurés au sens étymologique du terme que toute cette émotion mécanique débecte, je reste persuadé qu’à côté d’eux battront en chœur un millier de petites pompes...
le 12 janv. 2014
Support: Bluray
Si la conception de The Iron Giant est aussi passionnante que le film lui-même (et là dessus je vous réfère au making-of animé rétrospectif The Giant’s Dream sorti sur le bluray en 2016), elle est également indissociable de l’ADN de Brad Bird et de sa première pièce maîtresse. Une œuvre dont l’aboutissement tient du miracle, puisque lancée par une branche animation de Warner qui va fermer les vannes à quelques mois de la sortie, précipitant les équipes d’animation vers la deadline, et coupant le budget de jour en jour. Tout ça pour in fine saborder l’exploitation en salle par un marketing indigent, qui au mieux n’existe pas et au pire monte une bande-annonce façon clip MTV sur fond de hard-rock à côté de la plaque. La critique fut dithyrambique, mais le géant était passé sous le radar du public et flopa misérablement.
Pourtant, Bird y avait insufflé toute son âme. En 1989, sa sœur Susan est abattue par son mari. Le cinéaste est meurtri, et la désillusion qui l’avait emparé lors de ses premières années chez Disney ne fait que s’accentuer. Ce surdoué de l’animation qui ne souhaitait pas faire comme les autres est en errance personnelle et professionnelle. Puis l’idée lui vient le plus naturellement du monde : “What if a gun had a soul, and didn't want to be a gun?”. Et si l’on pouvait lutter contre sa propre nature pour trouver un épanouissement personnel dont on croyait être à jamais privé? Lorsqu’on lui propose d’adapter le roman The Iron Man de Ted Hughes (qui pré-date E.T., balayant ainsi la vindicte basée sur une repompe), Bird le dépouille pour l’enrichir de ses propres stigmates et en fait un objet sien.
Il en fait une fable sur la beauté du vivant dans l’Amérique paranoïaque des 50s, où l’ouverture d’un enfant sur l’étranger le transforme en ce père de substitution qu’il doit lui-même trouver pour combler son propre manque (un rapport de filiation robotique qui trouvera une belle variation dans The Wild Robot). Un récit didactique en trois étages, qui transforme la menace du gigantisme à l’émerveillement des possibles d’une coopération. Hoggart, c’est Bird. Le Géant son aspiration, cet être qui, lorsqu’il se retrouve en morceau, est en capacité de se reconstruire avec le temps. Dean est la contestation de la doxa, celle d’une animation que le cinéaste trouve sclérosée dans sa technique et ses thèmes de princesses, celle du bellicisme d’une nation qui provoque la majorité de ses maux, celle d’un homme qui transforme les matériaux de récupération en œuvres d’arts porteuses de sens.
The Iron Giant est à la pointe, que ce soit dans son esthétique automnale,ses animations chiadées et ses personnages physiquement imparfaits, dans son approche émotionnelle qui donne à voir des sommets du genre, ou dans la portée du message de désarmement qui provient d’un sincère élan de son auteur. Une merveille qui a depuis regagné les lettres de noblesse qui lui étaient dues, et a ouvert les portes du studio à la lampe à son géniteur, pour notre plus grand bonheur (ici, là, et là).
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Créée
le 3 juin 2025
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