Crissement culturel, crissement esthétique, crissement social.. Film à sketch (d'une certaine façon) beaucoup plus fin qu'il n'y paraît.
Dès les premières scènes, le film installe son sujet : le choc des milieux. Castella (Bacri), chef d’entreprise autodidacte, découvre presque par hasard l’univers du théâtre en assistant à une pièce dans laquelle joue Clara (Alvaro). Pièce caricaturale s'il en est (un Bérénice boîte noire qui n'est pas du meilleur goût). Subjugué par la performance de Clara, touché dans son cœur, il naît chez Castella un véritable désir d’accès à un monde dont il ignore les codes. Ce déplacement est au cœur du film : comment aimer — une personne, un art, un milieu — lorsqu’on ne parle pas la même langue symbolique ?
La grande force du film tient dans son refus de caricature. Le milieu industriel n’est pas tourné en ridicule, pas plus que le monde artistique n’est idéalisé. Au contraire, Jaoui et Bacri montrent que le snobisme circule dans tous les sens. Les artistes peuvent se révéler aussi exclusifs et méprisants que les chefs d’entreprise qu’ils critiquent. Le regard posé sur les personnages est à la fois lucide et profondément humain.
Le personnage de Castella est particulièrement réussi. Sous ses maladresses et son apparente lourdeur se cache une vulnérabilité touchante. Il n’est pas inculte par bêtise mais parce que la culture ne lui a jamais été offerte comme évidence. Le goût de sa femme, décoratrice d'intérieur que les anglais ne renieraient pas, en témoigne. Clara, quant à elle, incarne un monde artistique à la fois sensible et fermé, partagé entre curiosité et méfiance face à cet homme qui ne maîtrise pas les codes.
Autour d’eux gravitent d’autres figures essentielles : Manie (Jaoui), serveuse vive et spontanée, figure de femme indépendante et de reconnaissance ; Franck (Lanvin), garde du corps de Castella, ancien flic cassé par la vie et sa misogynie ; Bruno (Chabat), chauffeur benêt et immature, rêvant de jouer à la flûte traversière.
On est presque dans un film à sketches : les scènes se composent et se décomposent, dans un décor souvent théâtral : plan fixe, peu d'effets. On rit souvent — parfois jaune — mais une mélancolie persiste. Car au fond, le film parle d’un désir simple et universel : être accepté tel que l’on est.