Django (1966) était déjà un western spaghetti vraiment sombre. Avec Le Grand Silence Corbucci nous enferme du film résolument crépuscule. Exit le désert ou la boue, place aux vaste étendues enneigées immaculées de l’Utah (filmée dans les paysages des Dolomites, alpes italiennes) où frappe la dure loi du Capital sous les trais de chasseurs de primes sans pitiés. C'est dans ce cadre radical que Corbucci plante son western.

Le français Jean-Louis Trintignant (qui a déjà de l'expérience dans le cinéma italien) porte le film avec le rôle de Silenzio, justicier muet et solitaire. Il partage l'affiche avec le sanguin Klaus Kinski (déjà présent dans les western spaghetti) campant avec une efficacité redoutable l'impitoyable chasseur de prime Tigrero. Vonetta McGee joue une femme noire endeuillée (un choix là aussi audacieux dans le genre western) apportant de grands moments d'émotions. Frank Wolff interprète correctement le shérif. Je note aussi la présence de Luigi Pistilli (déjà vu dans Django).

Enfin comment ne pas parler du Grand Silence sans évoquer la bande originale d'Ennio Morricone. A l'instar de Corbucci le compositeur s'écarte des envolées lyriques typiques du western spaghetti (ceux de Sergio Leone). Son travail se rapproche certainement des giallos. La musique est obsédante avec ses chœurs spectraux et une composition aux mouvements sauvages et désespérés.

Encore aujourd'hui Le Grand Silence inspire les artisans du 7e art. Avec Les Huits Salopards (2015) l'hommage de Tarantino est totale puisqu'il reprend le cadre, la diligence, le shérif, les chasseurs de primes et même le maestro Ennio (revenant pour faire son ultime chef-d’œuvre musical très influencé par ses compositions anxiogènes pour le western de Corbucci.

Le Grand Silence est assurément un film charnière dans le genre western qui ouvrira la voie au sous-genre crépusculaire. Difficile de sortir indifférent de son visionnage. C'est une œuvre puissante et brutale difficilement égalable.

Créée

le 6 janv. 2026

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