A l'aube de la seconde guerre mondiale, il est bon de célébrer l'héroïsme français lors de la première. André Hugon ne fait pas dans la demi-mesure : dans un bel élan patriotique, chacun est courageux face à l'Allemand : le père (Raimu) d'un soldat, une jeune maman qui traverse la ligne de front, un curé qui offre sa protection... Le réalisateur tourne un mélodrame lourd de sens qu'il introduit, en préambule, par un psychodrame familial et paysan, avatar grossier de "La fille du Puisatier", avec un Raimu patriarcal et bougon. Puis c'est la guerre, qui effacera tous les différends.
Contrairement à ce que semble annoncer le titre du film, il ne s'agit pas d'une évocation de la Bataille de la Marne. Les héros du film, civils ou militaires, sont simplement des champenois qui traversent la guerre au long d'un scénario assez balourd jusqu'à au dénouement pathétique. Les grandes causes font rarement de bons films et, guidé par un patriotisme dans l'air du temps, Hugon met en scène des personnages simplistes ou solennels dans un film qui ne touche pas, faute d'une histoire sensible ou subtile. C'est à l'image de Raimu, qui est loin, dans cet emploi dramatique artificiel, de ranimer l'émotion qu'il atteint chez Pagnol; à l'image aussi de ce rôle de fille-mère qui charge la barque.