Un joli film dans l'ensemble, qui parle d'amour au sens universel et qui supporte plutôt bien le poids des années. Daniel Auteuil campe avec justesse un coach en entreprise au sourire commercial perpétuellement forcé et englué dans une routine professionnelle qui ne lui laisse plus le temps de profiter des plaisirs simples, y compris aimer.
De mantras en mantras, de séminaires en séminaires, l'homme qui a même laissé filer femme et enfants au profit de son épanouissement professionnel, commence à montrer des signes de burnout lorsqu'il fait la rencontre de George, un jeune trisomique totalement perché dans son monde de rêveries et en même temps très conscient d'être différent.
Duquenne est surprenant, attachant et vole même la vedette à son partenaire tant son naturel est déconcertant. Parfois tendre, parfois violent, parfois très drôle, il EST George, ce doux rêveur amoureux de la vie, de la nature, des chansons de Luis Mariano, de sa maman et de toutes les femmes en général. Un être authentique dont l'amour débordant n'a d'égard que la profonde tristesse de se savoir "à part".
Le film tire parfois un peu sur la corde sensible mais ça reste acceptable dans la mesure où le duo d'acteur fonctionne à merveille et réussit à nous toucher droit au cœur grâce à sa complicité. Pas mal d'émotion donc, mais aussi beaucoup d'humour avec quelques scènes vraiment hilarantes et d'une sincérité assez osée
Notamment la scène dans la voiture où Harry, après avoir jeté une boîte de chocolats par la fenêtre, se fait traiter de mongole par George, fou furieux, à qui il rétorque spontanément "Ah non, le mongole c'est toi!"... Ce qui provoquera un joyeux fou rire chez nos deux compères
La poésie plane tout au long du métrage avec l'apparition régulière d'un Luis Mariano tout en voix et en sourire, qui suit George tel un ange gardien et lui permet le temps d'une chanson qu'il est le seul à entendre, de retrouver la douceur rassurante des bras de sa chère maman disparue.
Hélas, malgré son originalité, sa fraîcheur et ses nombreuses qualités, le film se vautre magistralement sur ses dix dernières minutes au cours desquelles le réal dynamite littéralement tout le potentiel émotionnel de son œuvre.
La mort (ou plutôt le suicide) de George m'a fait monter les larmes aux yeux, larmes que j'ai immédiatement ravalé lorsque tous les personnages secondaires se sont mis à chanter du Luis Mariano en chœur, dans une mise en scène que j'ai trouvé particulièrement ridicule
Bref, j'avais le cœur gros comme ça à la fin, je ne demandais qu'à évacuer ce trop plein de pathos et cette séquence m'a juste castré de mes émotions, ce que j'ai trouvé assez violent et malhonnête. Après c'était peut-être voulu afin que le spectateur ne soit pas trop abattu et déprimé...
Mais non, désolée je ne suis pas d'accord, on ne fait pas gonfler autant le ballon sans le faire péter! Quand on fait dans le tragique on va au bout, merde! J'avais besoin de pleurer en voyant Auteuil pleurer, j'avais besoin de faire éclater cette boule qui me grattait la gorge depuis trois quart d'heures, j'avais besoin de me vider de ma surcharge émotionnelle et lacrymale et ai donc été profondément frustrée par ce final hyper théâtral, qui vient désamorcer le tout comme si Von Dormael n'assumait pas sa propre conclusion.
Okay, la fantaisie fait partie intégrante du film mais pour moi elle n'avait pas sa place à ce moment crucial ou alors elle aurait dû être employée de manière plus sobre, plus intimiste, sans faire intervenir tous les seconds rôles pas vraiment marquants (et pas toujours bien joués, n'est ce pas Miou-Miou) qui ont brièvement traversé le bout de chemin que Harry et George ont parcouru ensemble.
Dommage car ce "Huitième Jour" est un film singulier qui a le mérite de mettre en scène ce handicap tabou qu'est la trisomie avec beaucoup de tendresse et de légèreté, ce qui je crois n'a encore jamais été fait. Je n'en suis pas ressortie aussi bouleversée que je le pensais mais ça reste tout de même une belle histoire, portée par un duo d'acteurs merveilleusement improbable.