Si les films de Francis Veber reposent inlassablement sur la cohabitation forcée de deux personnages mal assortis, on n’est pas obligé non plus de comparer ce qui n’est pas comparable. Si une partie du film se situe en Amérique du Sud, nous ne sommes pas ici dans un prolongement de La Chèvre, et les Campana et Perrin d’ici ne sont pas de pâles copies de Gérard Depardieu et de Pierre Richard.
Après avoir accepté ce premier postulat et le second (plus difficile pour beaucoup) que ce film est davantage un film d’aventures reposant sur une idée farfelue qu’une pure comédie, on peut apprécier ce film sympathique, sans prétention, sinon celle de divertir. Le message qu’il développe est simpliste à souhait (la grandeur d’âme a plus de valeur que l’argent), les rebondissements attendus, la morale bien appuyée, mais, après une première partie à Paris qui s’étire peut-être un peu en longueur, l’ensemble ne manque pas de charme. Veber propose, par ailleurs, une variation intéressante autour de ses personnages puisque Campana n’est pas seulement une grande carcasse de muscles cartésienne et Perrin n’est pas ce type sympathique et malchanceux. Il est, au contraire, séducteur, baratineur, menteur, joueur et vil. Bien entendu, son périple le changera (du tout au tout, et évidemment le trait est trop épais), et c’est aussi ici qu’on retrouve la (parfois mauvaise) patte Veber.
Au-delà de son très faible propos, ce Jaguar doit être pris pour ce qu’il est : un film de divertissement dépaysant, plutôt bien conduit et bien interprété. On passe un bon moment mais il est évident que ceux qui recherchent une leçon de cinéma, un film d’auteur au message subtil ou une comédie désopilante ne peuvent être que déçus.