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Bombe humaine
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le 25 mai 2019
Le youtuber le moins cultivé de la Terre se méprend complètement quand du haut des marches de Cannes il clame en facecam que le dernier film des frères Dardennes sert la soupe à l'extrême droite et qu'il sert des thèses anti-musulman et anti-immigration. Le jeune Ahmed est un drame social, l'histoire d'un adolescent pris dans l'étau du fanatisme religieux et non une oeuvre à charge qui veut stigmatiser une communauté définie.
Quelques mots sur l'aspect purement stylistique du film: c'est bien réalisé, filmé à l'épaule donc au plus près des acteurs, il y a beaucoup de plans-séquences mais on ne tombe jamais dans le m'as-tu-vu. Un vrai Dardennes , sobre et élégant, une mise en scène quelque peu minimaliste qui donne de l'espace aux acteurs. Le film est court (1h24), il aurait pu être encore plus court, il y a quelques longueurs avec des scènes de prière trop fréquentes et un creux dans le dernier quart.
Idir Ben Addi n'est pas "mou" comme j'ai pu l'entendre, il est dirigé au minimum et son jeu taciturne et compact confirme cette vision d'un gamin perdu et malheureux. Sa principale partenaire de jeu, Victoria Bluck (Louise), est une vraie révélation, un jeu au naturel qui sublime ses interactions avec Ahmed par de micro-gestes. Une vraie fille de ferme, innocente et compatissante.
Le propos donc. Ahmed est envoyé dans un centre de rétention car il a voulu poignarder sa professeur jugeant celle-ci impure et blasphématoire. Ahmed est un garçon intelligent, loin de l'image de l'islamo-racaille. Son esprit a été corrompu non pas par la religion mais par un imam intégriste qui sous ses airs de grand frère protecteur propage une vison fanatisée de l'islam. C'est un mal pernicieux qui s'installe dans l'esprit du jeune homme, une addiction dont il est impossible de se défaire, une drogue par la pensée qui ronge la jeunesse et les aspiration de cet enfant, de nos enfants. Oui, l'islam radical est un problème dans nos sociétés et il n'y a aucune polémique car il s'agit d'un fait, un fait qui ne s'applique qu'à une minorité parmi les minorités mais qui apporte la souffrance au plus grand nombre. Quand on voit l'attitude de cet imam, calme, protecteur, poli, capable d'instaurer la paranoïa chez l'individu tout en se défaussant un peu plus tard lorsque l'acte a été commis, on réalise que le diable n'a besoin que d'un livre et d'une rhétorique appliquée pour que le pire arrive.
Tout autour d'Ahmed, il y a pléthore de gens qui veulent l'aider: sa mère, des éducateurs, les pouvoirs publics et même son enseignante. On croit voir une évolution dans le comportement du garçon mais il est impossible de savoir quel Ahmed on a en face de nous. C'est cruel, injuste mais encore une fois c'est un fait. Irrécupérable? Pourtant on sent une résistance à l'appel au djihad, le désir d'être un ado capable d'aimer, de jouer, d'échanger. Les hormones parlent et la jolie Louise devient une porte de sortie. Hélas le mal est ancré trop profond et Ahmed a abandonné sa condition d'homme libre au profit d'une croyance informe, capable de s'adapter tel un virus en constante mutation.
La fin n'est clairement pas réussi; elle arrive comme un cheveux sur la soupe et semble même offrir une certaine facilité aux réalisateurs. Mais elle reste glaçante et poignante. Alors non Mr Panda, non ce n'est pas un film réactionnaire, c'est un récit à la première personne, on ne cherche pas à psychologiser avec les radicaux, on ne parle pas d'immigration ou d'ethnies ou je ne sais quelle thèse chère aux extrêmes. C'est une oeuvre simple, terriblement actuelle, réelle et humaine.
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le 25 mai 2019
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