Le Jour se lève de Marcel Carné jouit depuis longtemps de l’aura d’un classique intouchable, mais le revoir aujourd’hui s’avère une expérience plutôt éprouvante.
Le problème le plus immédiat est le son. Les dialogues paraissent souvent étrangement déséquilibrés et étouffés, ce qui serait déjà gênant en soi, mais la difficulté est aggravée par la performance de Jean Gabin. Gabin ne semble jamais à l’aise : il débite la plupart de ses répliques comme s’il les hurlait à travers un atelier d’usine, quel que soit le contexte. Ce qui devrait être intense ou intime apparaît au contraire forcé et maladroit. Cette suraccentuation vocale constante rend presque impossible toute empathie avec le tourment intérieur du personnage, et toute tentative de tension dramatique s’effondre sous le poids de cette diction étrangement agressive.
Sur le plan visuel, le film compense peu. Si la réputation de Carné laisse attendre des images marquantes, les décors et les compositions sont ici largement sans inspiration, souvent plats et théâtraux. L’atmosphère qui devrait étouffer le protagoniste paraît au contraire inerte, comme si le film se contentait de reproduire les codes du réalisme poétique sans jamais les incarner pleinement.
En conséquence, Le Jour se lève peine à justifier son statut canonique. Entre un son problématique, la prestation inconfortable de Gabin et une identité visuelle qui ne laisse aucune empreinte durable, le film finit par ressembler moins à une tragédie puissante qu’à une relique dont les défauts sont trop criants pour être ignorés. Un classique médiocre, préservé davantage par sa réputation que par ce qui se déploie réellement à l’écran.