Quel plaisir de goûter ce film dans une restauration parfaite de l'image, d'une netteté incroyable, mais aussi de la musique, que l'on croirait réenregistrée !
Dans de telles conditions, près d'un siècle plus tard, les spectateurs archi-blasés du XXIème siècle retrouvent leur capacité à s'émerveiller devant cette histoire muette qui nous "parle" encore, et c'est bien là le plus formidable...
Oui, Chaplin demeure unique dans sa façon de faire ressortir le comique d'une situation a priori dramatique, comme dans la scène du bébé abandonné que découvre Charlot au pied d'une poubelle, et dont il essaye de se débarrasser en le "refourguant" dans une poussette déjà occupée par un autre marmot, avec pour résultat un déluge de coups de parapluie donnés par la mère sur la tête du pauvre clochard !
Mais l'atout principal de ce moyen métrage réside en la personne du petit garçon de 7 ans, Jackie Coogan, véritable acteur né, qui crève l'écran par sa présence et l'intensité de son jeu, d'une variété d'expression impressionnante. Qu'il est amusant de voir ce petit bout de chou détaler à toute vitesse dans les rues pour échapper au policier ! Et comment ne pas sentir poindre une larme quand on le voit crier de détresse lorsqu'il est arraché à son père de substitution ?
Détail qui passe quasi inaperçu : au début du film, une très brève image du Christ portant sa croix apparaît en fondu enchaîné juste après un plan nous montrant la jeune mère se retrouvant seule avec son bébé qu'elle ne peut garder. Mine de rien, Chaplin veut donner à cette situation humaine difficile et dramatique une dimension spirituelle authentiquement chrétienne : c'est un véritable chemin de croix que vivent cette jeune femme et son petit, à la suite du Christ...
Quand on demandait à Louis Jouvet : "Quoi de neuf ?", il répondait : "Molière !".
Je crois que l'on peut ajouter sans hésiter : "... et Chaplin !"
Car le génie authentique n'a pas d'âge, surtout quand il nous fait retrouver notre âme d'enfant !