Ça me tire encore des larmes aujourd'hui, c'est dingue !
Chaplin avait l'art de faire des films pleins de bons sentiments sans être cucul la praline. C'est rempli de tendresse, sans qu'on sente la moindre tentative de faire la leçon ou la morale, ce que je ne supporte pas. On est parfois à la limite du pathos, mais il y a toujours la petite touche d'humour, de dérision, d'ironie qui permet de ne pas y tomber. Je pense à la scène de l'enlèvement violent du gamin par les services sociaux. Impossible de résister aux supplications du gosse et au regard caméra désespéré du papa. La musique tragique appuie à fond sur l'émotion aussi. Mais Chaplin empêche la scène de se noyer dans le pathos, grâce au comportement héroïque de Charlot qui fout la pâtée au directeur de l'orphelinat, fait fuir comiquement le chauffeur du camion et revient gonflé de fierté, tel un héros en modèle réduit, vers son fils.
Je pense aussi à une scène virtuose mais incroyablement osée, où Charlot pense un instant balancer le bébé encombrant dans les égouts, puis hésite une seconde en nous regardant, referme la grille d'égout et sourit au bébé. Chaplin prend des risques, commençant par un moment glauque pour finir par un dénouement hyper tendre. Il joue avec nos sentiments (horreur, suspense et soulagement) et c'est tout simplement génial.
Des petits moments intimes de la vie s'enchaînent avec simplicité et réalisme : Charlot fabrique un biberon, un berceau, des couches et une chaise percée de fortune, amuse le bébé par des grimaces, inspecte sommairement la propreté du petit garçon, lui prépare à manger... On connaît tout ça par coeur, mais cette simplicité m'émerveille toujours autant. Les regards caméra de Chaplin me font craquer.
On a beaucoup de chance de pouvoir voir et revoir ce film aujourd'hui dans une copie de rêve qui magnifie à ce point le noir et blanc. Comme j'aimerais que Chaplin puisse voir ça !