Même s'il y a toujours un léger risque, je n'étais pas vraiment inquiet à l'idée de revoir « Le Limier », tout en sachant que je n'aurais pas droit aux délicieuses surprises du merveilleux scénario écrit par Anthony Shaffer. Qu'importe, tant Joseph Mankiewicz donne absolument tout pour ce qui est certainement l'un des plus beaux chants du cygne de l'Histoire du cinéma. Adapté d'une pièce de théâtre, mais ici j'ai vraiment envie d'écrire qu'importe. Tout est tellement précis, pensé, calculé au millimètre que cela en devient très vite étourdissant. Chaque objet, chaque meuble, chaque pièce a un rôle à part entière, enrichissant constamment le cœur du récit, soit l'affrontement grandiose et d'une rare intelligence entre deux personnages écrits à la fois avec une finesse et une cruauté en disant long sur le regard que porte le cinéaste sur les hommes.
Laurence Olivier et Michael Caine y sont splendides, sublimant un texte brillantissime où chaque phrase, chaque mot est une arme, un poison, une volonté de déstabiliser, d'affaiblir l'adversaire, le réalisateur en profitant pour aborder tout les sujets qui le passionnent : lutte des classes, littérature, théâtre, cinéma, sexe... Le tout encore et toujours avec le même brio. Alors tant pis pour l'effet de surprise, « Le Limier » reste une de ces œuvres intemporelles, d'actualité quelle que soit l'époque et surtout un vertigineux chef-d'œuvre, le plus bel adieu que pouvait faire Mankiewicz au septième art. Un seul mot : merci.