Un jeune tenant de salon de coiffure est convié par un vieil auteur à succès de romans policiers, dans sa demeure reculée. Ce dernier abat cartes sur table, sachant que son invité n'est autre que l'amant de sa femme, et lui propose une combine qui les arrange prétendument tous les deux. Va alors débuter un jeu du chat et de la souris aussi dangereux que machiavélique...
"Sleuth" frappe en premier lieu par ses dialogues absolument excellents, mêlant cynisme, humour noir à l'anglaise, et double sens à foison. Mais le film a bien d'autres atouts, notamment son tandem impérial : Laurence Olivier, qui semble beaucoup s'amuser en incarnant un adepte des jeux morbides et des histoires policières, qui méprise la plèbe. Et Michael Caine trouve sans doute là l'un de ses meilleurs rôles, avec ce dandy arriviste qui se prend (trop) vite au jeu. Deux personnages qui ne supportent pas l'échec, nuancés et développés par un scénario en huis-clos redoutable, qui propose des rebondissements diablement efficaces, mais également une réflexion très intelligente sur la lutte des classes (racisme et élitisme des aristocrates, contre agressivité et arrivisme des parvenus).
Sans compter un mélange habile de comédie (le film démarre presque comme un vaudeville !) et de thriller. Enfin, pour sa dernière réalisation, Joseph L. Mankiewicz s'avère inspiré, exploitant au départ quelques extérieurs de jardins (dont un labyrinthe particulièrement vénéneux), puis des intérieurs inquiétants bourrés d'automates sinistres. Un classique du cinéma britannique.