Le dernier film de Mankiewicz reste un de ses meilleurs. Sleuth partage avec les deux précédentes fictions de son réalisateur le même côté taquin. Mais le film est d'un tout autre calibre, largement plus abouti que le fadasse Reptile ou le décevant Honey Pot.
Mankiewicz quitte ses USA natales pour cette production 100% britannique. Tournant le dos aux grosses productions depuis Cléopatre, il réalise un presque huis-clos, dans un dispositif ultra limité. Pourtant, c'est très prenant. Les raisons d'une telle réussite sont les dialogues, comme toujours hyper travaillés chez Mankiewicz, et évidemment les acteurs. Parce que Laurence Olivier et Michael Caine - peut-être d'ailleurs son meilleur rôle - sont largement exceptionnels.
Si les motivations des protagonistes apparaissent triviales au départ et si leur joute verbale reste ludique au commencement, le duel auquel l'un et l'autre s'adonnent apparait au fil de l'intrigue de plus et plus sombre et élaboré, et le ton de moins en moins badin. Le jeu d'humiliation qui rythme ce micmac les submerge. Il interroge de leurs origines sociales à leur tempérament profond. Sous couvert d'un film policier à twist, Sleuth est en définitive beaucoup plus tortueux qu'il n'y parait.
En clair, c'est drôlement bien, et la seule chose à regretter, c'est que Mankiewicz ait définitivement raccroché sa caméra après un film comme ça.