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Il faut admettre que la proposition d’une réponse à Lawrence d’Arabie commandée au réalisateur américano-syrien Moustapha Akkad par le régime naissant de Mouammar Kadhafi a quelque chose d’aguicheur. Un film de propagande qui fait de la récupération via la mythologisation de la figure résistante du cheikh Omar al-Mokhtar afin de parfaire le nouveau roman national, celui qui place le dictateur dans la même lignée d’opposition à l’occident, et qui se voit attribuer un budget considérable pour l’époque (35m$), je suis partant. D’autant plus lorsque j’apprends que le film a été interdit en Italie jusqu’en 2007.
Car la propagande n’étant pas l’apanage des dictatures et faisant partie intégrante du cinéma (d' Eisenstein à Riefenstahl, en passant par Michael Bay ou Zhāng Yì-Móu), on serait en tort de bouder son plaisir devant un film remarquablement ambitieux sous prétexte d’un objectif peu glorieux. Car les moyens sont là, le spectacle aussi. Lion of the Desert se présente comme une fresque historique en contrepoint de la norme occidentale, utilisant les véritables lieux des batailles dépeintes pour décors. L'œuvre est à la fois construite comme un film contemporain à son époque, dans les standards rythmiques et narratifs hollywoodiens, tout en accusant un certain retard sur l’image qui paraît bien vieillotte pour une production du début des années 80.
Récit de colonisation donc, montrant tous ces actes criminels sans ciller : massacre de civils, imposition culturelle, exploitation des richesses… On conquiert par le nombre de cadavres laissés dans le sillon de l’impérialisme. L’Allemagne nazie n’a rien inventé, comme le laisse à voir les images d’archives insérées au montage qui montrent une mer de camps de concentration qui s’étend à perte de vue dans le désert (nous sommes en 1931). Et l’Italie fasciste non plus d’ailleurs, ces techniques de répression et d’extermination ayant fait leurs beaux jours dans toutes les colonies du monde, de l’Algérie à la Namibie, dès le siècle précédent.
De quoi tourner en ridicule la figure instigatrice de ces massacres, avec un Mussolini entouré de bras levés vers le ciel, de cartes écrasantes qui renvoient inévitablement au globe de Hynkel dans The Great Dictator, témoins des rêves de grandeur et d’expansion du Duce dont les pieds ne touchent même pas le sol alors qu’il est sur son trône. De quoi marquer le contraste entre les festivités guindées protocolaires occidentales et celles plus enjouées et traditionnelles du peuple libyen, entre les dévoyés et les honorables. Le message est clair.
Malheureusement, derrière les moments de bravoure qui parsèment les presque trois heures du film, derrière l’efficace création des icône, Akkad peine à créer des personnages qui ne soient pas seulement des figures symboliques, les détachant de facto d’un prisme humain et rompant l’empathie et l’émotion pour un résultat in fine assez froid. Alors si on appréciera la singularité de l'œuvre, son point de vue partial mais trop rare, et sa composante grandiloquente (et parfois étonnement sanguinolente), on n’en ressortira pas transi pour autant.