C'est un film bien surprenant avec des personnages étranges et loufoques; ainsi le fougueux Hazel Motes, de retour du Vietnam, ambitionne de fonder son Eglise, une Eglise sans Christ.
John Huston réalise une œuvre singulière dont on peine à cerner les contours et l'idée directrice dans la mesure où, parlant de religion et de croyances, elle n'est pas précisément blasphématoire ou satirique. Le film est une farce provinciale fondée, entre autres aspects, sur le comportement et le dogme confus de ce prédicateur autoproclamé qu'incarne, dans une remarquable composition d'illuminé, Brad Dourif.
Quelle interprétation donner par cette remise en cause par Hazel Motes de la religion traditionnelle? probablement la perte de repère moraux et la condamnation de certaines valeurs américaines dans le contexte de la guerre du Vietnam; ou, plus simplement, le traumatisme d'Hazel lié à l'éducation rigoureusement protestante inculquée par un grand-père pasteur.
Au volant de sa voiture poubelle, qui ne peut pas le conduire bien loin, symbolisant son apostolat délirant et boiteux, Hazel s'enfonce dans une folie pas forcément douce. Quoiqu'il en soit, la comédie, que sa truculence et la dérision attachée à certains personnages apparentent par moments à la comédie italienne, montre un John Huston facétieux et comme incrédule aux mysticismes de toute nature.