Difficile de ne pas être perméable à la proposition la plus singulière d'Andrei Tarkovski, revenant à un récit à l'apparence plus simple que son Solaris, qu'il considère comme le plus éloigné de lui malgré l'indéniable présence d'une patte esthétique et philosophique propre à son cinéma.
Le Miroir se situe alors comme son plus personnel, décrivant plusieurs pans de son enfance ainsi que de sa vie de famille comme l'avouera la sœur du réalisateur. Ici, il est question de souvenirs, de mémoire de ce qui fut une enfance assez difficile notamment dû à un père absent mais toujours présent au sein de l'écriture du cinéaste - citant de nombreuses fois les poèmes de son père mais aussi dans sa manière de dépeindre les rapports entre homme et nature - et dû à la seconde guerre mondiale, également décriée ici via des souvenirs, des images semblant traumatiques.
Cette biographie oscillant entre des époques multiples, entre rêves, mirages du passés et hallucinations nous permet de découvrir le temps en tant que matière déformable, mouvante que Tarkovski utilise pour dresser son propre portrait. Pour ce faire, il va mettre en avant Alexeï, son incarnation victime du temps et reproduisant le traitement paternel qu'il a reçu sur son propre fils en étant lui même absent. L'autre écueil du temps crée dans Le Miroir s'incarne en l'actrice Larissa Tarkovskaïa, épouse du cinéaste, jouant à la fois la femme et la mère d'Alexeï incarnant elle aussi les réminiscence du passé du protagoniste ayant tendance à reproduire les comportements de son père.
Cependant, Le Miroir est plus que cela puisque c'est un film qui se projette énormément sur son spectateur qui, à son visionnage, aura tendance à lui même se voir en dans la proposition de Tarkovski, comme il le rapporte dans le Temps Scellé : il a reçu beaucoup de courrier de spectateurs du film qui lui ont rapporté qu'ils ont vu au moins une partie de leur personne dans ce film.