Là où le mal est traditionnellement perçu comme une entité extérieure, avec Moll, il se révèle endogène, ici insidieusement contenu dans l’édifice religieux.
Le Moine se détourne ainsi de la classique opposition manichéenne entre le bien et le mal : le mal n’est plus une force qui attaque de l’extérieur, mais un reflux qui naît du cœur même de l’institution, de la contradiction fondamentale entre les idéaux de pureté et les désirs inavouables qu’ils dissimulent.
Le personnage d’Ambrosio se transforme alors en une figure tragique, non pas par l’irruption du diable dans le monde spirituel, mais par la déliquescence intime de sa foi.
Ce qui est frappant dans la mise en scène de Moll, c’est l’émergence d’une ambiguïté religieuse : l’ascèse, au lieu de lutter contre le désir, en devient le terrain d’un échange, où le spirituel et l’érotique se confondent, se nourrissent et se contaminent l’un l’autre. Ainsi, c’est par cette porosité entre l’idéalisme religieux et la tentation charnelle que se joue la tragédie du moine.
À travers les visions hallucinées, le Moine donne corps à une psyché en crise. Ce n’est pas tant la figure du diable qui menace Ambrosio, mais les projections de ses propres fautes sur des entités extérieures.
C’est dans cette dynamique de projection que le film touche à une vérité qui résonne aujourd’hui : le Mal n’est plus une menace extérieure à combattre, mais un mensonge que l’on se raconte pour éviter d’examiner la complexité de nos propres désirs et contradictions internes.
L’abbaye, qui devrait être un lieu de pureté spirituelle, devient une matrice de répression, un labyrinthe où le moine se perd autant dans ses couloirs que dans ses pensées. L’éclairage divin, toujours trop dur, trop froid, et les ténèbres omniprésentes, viennent renforcer cette impression que la frontière entre sainteté et perversion est à la fois mince et illusoire.
Le Moine porte en lui une critique implicite des institutions religieuses, qui prétendent incarner une vérité absolue, mais finissent par produire leurs propres monstruosités. L’Église y est vue non comme une matrice de foi, mais comme un système de contrôle, une structure verticale qui veut ordonner le corps et le désir, mais qui, ce faisant, engendre sa propre déliquescence.