Un premier film brillant, qui s'inscrit dans la veine d'un certain cinéma social ; Béla Tarr réussit à retranscrire l'atmosphère étouffante du quotidien d'une famille de la classe populaire hongroise, dont les membres sont contraints de cohabiter ou - pis - de vivre les uns sur les autres dans un appartement propice aux altercations. Le jeune cinéaste, alors âgé de 22 ans, témoigne d'ores et déjà d'une science cinématographique peu commune : il parvient à communiquer l'oppression permanente éprouvée par cette famille nombreuse en serrant son cadre au plus près des corps et des visages, filmant caméra à l'épaule cette misère humaine... en résulte une urgence et une fébrilité servant à merveille l'émotion et le propos, une efficacité somme toute assez délicieuse.
Peu ou prou de gras dans ce récit simple, intemporel et universel. Tourné en quelques jours seulement Le Nid Familial frappe par son unité stylistique, paradoxalement étayée par un visuel fauché, élimé, qui va complètement dans le sens de sa portée socio-critique. Une chose étonne et laisse également admiratif de Tarr : il s'agit d'un film de studio, et pourtant tout le cinéma du réalisateur hongrois se retrouve dans ce premier film. Humanité gangrénée par sa propre médiocrité, misère existentielle, fluidité narrative ou encore sombre affaire de pécule amenant l'âme à se dégrader... Près de dix ans avant le chef d'oeuvre Damnation Béla Tarr signe un film qui - sans payer de mine - pose déjà toutes les bases d'une filmographie éminemment cohérente. Une oeuvre prometteuse et d'une immédiate efficacité, à exhumer de l'oubli impérativement !