Le début a de quoi intriguer, avec une étrange séquence de science fiction où un astronaute est abandonné sur la lune... pas vraiment ce à quoi on s'attend en démarrant un film d'horreur italien ! Puis l'intrigue se dégrossit peu à peu : Alice, traductrice pour le gouvernement, est victime de ces étranges cauchemars lunaires. Un matin, elle se rend compte que son esprit a complètement zappé les jours qui ont précédé, et qu'elle aurait séjourné sur une île turque... Que s'est-il passé là-bas ?
On ne peut pas vraiment dire que "Le orme" dispose d'un rythme trépidant. Le film progresse lentement, à travers un récit étrange et une protagoniste qui cherche à comprendre son passé récent. Et un scénario à la logique (volontairement ?) erratique. Jusqu'à une conclusion un poil décevante, ou en tout cas relativement simple sur le papier.
Néanmoins, sur la forme c'est tout à fait réussi. Déjà, Florinda Bolkan (avec ici une coupe androgyne) campe bien cette héroïne névrosée, en quête de vérité dans un environnement hostile, à la limite du surnaturel.
Côté mise en scène, Luigi Bazzoni peut compter sur son cousin. Le prestigieux chef opérateur Vittoro Storaro, qui avait notamment bien rehaussé l'intérêt de "Giornata nera per l'ariete", giallo réalisé par le même Bazzoni et sorti quelques années plus tôt. Storaro fait des merveilles dans la premières demi-heure urbaine, exploitant la droiture des bâtiments, et des arrières-plans oppressants avec leur building passif, pour accentuer la pression sur l'héroïne.
Pour la suite (et l'essentiel), Storaro exploite un environnement plus naturel et de beaux bâtiments architecturaux. Ainsi que quelques chambres bien baroques. Renforçant l'ambiance à la limite du fantastique, qui fait régulièrement du pays au conte "Alice in Wonderland".
Vous l'aurez compris, "Le orme" est donc surtout une œuvre d'atmosphère (par ailleurs appuyée par la jolie musique de Nicola Piovani), qui laissera du monde sur le carreau. Et, contrairement à la manière dont le film est parfois tagué, il n'a rien d'un giallo. On est dans le thriller psychologique, un peu façon "Il profumo della signora in nero".