Les coups de foudre peuvent arriver n'importe où, même dans une maison d'arrêt pour mineurs, entre garçons, solitaires et sans lien avec leur famille. Le premier long-métrage du Belge Zeno Graton, ironiquement intitulé Le Paradis, se déroule dans un lieu a priori hostile aux relations sentimentales mais la question essentielle est celle de la liberté. Avare de mots mais pas de musique ni d'expressions artistiques, aussi naïves soient-elles, le film décrit un environnement déjà vu auparavant au cinéma mais revisité à l'aune de sentiments intimes, lesquels ne sont jamais remis en question par ceux qui les éprouvent, en dépit des obstacles susceptibles de les empêcher. C'est une œuvre pudique et minimaliste à laquelle on pourrait sans doute reprocher de se focaliser sur cette relation et de restreindre ainsi le champ des perspectives. Mais ce regard obsédant est suffisamment sensible, sur une durée relativement brève (83 minutes), pour qu'il ne frustre pas d'une ampleur plus grande, dans le traitement de son sujet, et laissant la porte ouverte à l'espoir ou non. Le film est servi par l'excellence de l'interprétation de ces deux jeunes héros : Khalil Gharbia et Julien de Saint Jean ainsi que par celle, plus subsidiaire, mais marquante, de Eye Haïdara.