Un parc, une fille, un garçon, tous deux adolescents, un premier rendez-vous, des mots et des phrases banales, une approche timide, des regards, des silences, et les corps qui s'approchent, des bouches qui finissent par se rejoindre, des mains caresser une peau. La lumière faiblit. Le garçon doit rentrer. La fille reste comme pour savourer encore dans le calme de la soirée cet instant très précieux. Et puis la vie moderne qui continue, l'échange de sms qui pourraient prolonger avec des mots écrits ce doux moment, peut être le début d'une jolie histoire... ou peut-être pas.
Damien Manivel filme cette histoire avec peu de moyens, en lumière naturelle, comme une suite de petits tableaux modestes. Cela peut paraître plat, gnangnan quand on est habitué à une grosse cavalerie d'effets divers et variés ou de jeu d'acteur clinquant, mais pour moi, cette simplicité m'a d'abord intrigué, puis touché et lorsque le film bascule avec la nuit, complètement ému et transporté dans une palette d'émotions intenses.
"Le parc", que beaucoup trouveront mièvre, plat, voire très ennuyeux, demande sans doute un certain état d'esprit au spectateur qui doit se laisser aller à sa geste artistique très naturaliste, captant avec pudeur ces frémissements, ces hésitations, ces élans gracieux des premières rencontres, des premiers désirs. Le cinéma a déjà beaucoup filmé cela depuis des décennies, mais ici, c'est sans aucun doute de l'extrême simplicité de la forme que naît ce sentiment d'universalité. Quand, au crépuscule, l'histoire d'amour se termine ( magnifique scène de sms ) , le film s'engage une direction beaucoup plus rêveuse, presque onirique et multiplie soudain de façon encore plus intense la palette d'émotions qu'il veut faire partager. Sans dévoiler la suite ( ce serait idiot de le faire, tant ce film fragile mérite qu'il soit vu), nous assistons à une très belle réflexion sur la notion de temps dans nos vies tout en s'enfonçant petit à petit dans une succession de scènes amenant petit à petit le récit dans le fantastique. Et ce parc, placidement banal au départ, devient le lieu de toutes les émotions, de la peine, de la tristesse, du contournement du réel pour mieux affronter la vie, du jeu des apparences, de la peur, de l'angoisse. Tout en conservant cette fausse simplicité, la mise en scène finit par des plans d'une grande maîtrise, jouant avec force sur nos émotions les plus intimes.
Sans doute que quelques uns trouveront cela totalement rasoir, mais, si comme moi vous avez la chance de vous laisser prendre par ce récit bien plus ambitieux qu'il n'en a l'air, vous retrouverez de façon très inattendue les émois que font naître un premier rendez-vous, une rupture ( ici d'une absolue modernité) auxquels vont aussi s'associer, les élans de l'aventure et toutes les peurs que notre imaginaire peut créer.
Je n'avais pas tellement aimé le premier long métrage de Damien Manivel " Un jeune poète", qui jouait de la même façon sur la simplicité et la notion de temps. "Le parc", lui m'a totalement émerveillé, sans doute parce que beaucoup plus abouti scénaristiquement. Mais, tout en conservant une façon unique d'appréhender son cinéma fait de subtils frémissements filmés sans esbroufe, ce jeune réalisateur, dans un créneau arty, apporte autant un vent de fraîcheur qu'un véritable regard sur nos émotions intimes dans un cinéma français qui ose des productions non formatées.


http://sansconnivence.blogspot.fr/2017/01/le-parc-de-damien-manivel.html

pilyen
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 8 janv. 2017

Critique lue 543 fois

Le Parc

Le Parc

7

Fiddlebolt

le 29 oct. 2016

Suivre

La belle dans le parc dormant

Étrange objet que Le Parc, qui aborde pourtant un sujet universel : l’adolescence et ses premiers amours. Le film de Damien Manivel, présenté à l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa...

Le Parc

Le Parc

8

Teklow13

le 24 mai 2016

Suivre

Critique de Le Parc par Teklow13

Deux lycéens se retrouvent au milieu d’un parc en plein après-midi. Ils discutent, se promènent, s’embrassent. Puis vient la nuit. On pourrait, dans un premier temps, reprocher au beau film de Damien...

Le Parc

Le Parc

1

Boubakar

le 2 sept. 2019

Suivre

Un cauchemar absolu, dans tous les sens du terme.

Peut-être suis-je trop pragmatique, que j'en demande trop, mais quand je regarde un film, j'aime que ça me raconte une histoire. Car pour moi, ce parc ne raconte absolument RIEN. Si ce n'est le...

Habibi

Habibi

4

pilyen

le 1 janv. 2012

Suivre

Bibi n'a pas aimé

Il y a des jours où j'ai honte, honte d'être incapable d'apprécier ce qui est considéré comme un chef d'oeuvre par le commun des mortels. A commencer par mon libraire spécialisé BD qui m'a remis...

Grand Central

Grand Central

3

pilyen

le 29 août 2013

Suivre

Grand navet

J'ai vu le chef d'oeuvre de la semaine selon les critiques. Hé bien, ils se sont trompés, c'est un navet et un beau ! Cette fois-ci, ils ont poussé le bouchon tellement loin qu'ils risquent d'être...

Les Fantômes d'Ismaël

Les Fantômes d'Ismaël

3

pilyen

le 18 mai 2017

Suivre

Parlez-vous le Desplechin ?

Je le dis d'emblée, je n'ai jamais été fan du cinéma de Mr Desplechin. "Les fantômes d'Ismaël" confirment que je ne parle pas et ne parlerai jamais le "Desplechin" comme se plaît à dire le...