Tout vient à poing (dans la gueule)

Il faut qu’un sacré nombre d’étoiles soient alignées pour que je regarde enfin ce film qui est forcément sur ma liste depuis … que je suis en âge de choisir mon programme. Alors forcément, il y a un peu d’appréhension quand on a de grandes attentes.


Vito Corleone est le chef vieillissant d’une des familles italo-newyorkaises investies dans ce qu’on appelle la mafia. La rude concurrence entre ces différentes factions va bientôt mener à une guerre sans merci, une guerre que le vieux ne peut peut-être plus mener, une guerre que ses fils vont vouloir gagner.


On pourra dire qu’on sait déjà tout de ce film sans jamais l’avoir vu. Et pourtant, j’ai cette faculté à entretenir des œillères pendant des années pour ne pas me divulgâcher un film. Ainsi, hormis quelques images et une caricature grossière du personnage du parrain, je ne savais rien de l’intrigue. D’où mon étonnement en constatant que Vito n’est finalement pas tant que ça le personnage principal du film et que les fils occupent une place plus importante. Il est intéressant de voir combien la question de l’intégration dans la société américaine est importante dans le film. Surtout, il fait un parallèle entre immigration et criminalité. Non pas que ces immigrés soient des crapules par nature mais c’est d’une part la confrontation entre la tradition sicilienne et le capitalisme américain qui crée l’hydre et d’autre part la ségrégation sociospatiale des différentes communautés qui entraîne la construction d’une société parallèle à la société américaine. On se rappellera que, plus tard, de Palma et Scorcese, deux autres barbus, ont prolongé cette réflexion. Au-delà de cette coloration italienne, le film empreinte forcément beaucoup au film noir des années 1930 et 1940. On croit voir l’ombre de James Cagney et on se dit qu’en réalité, vous pouvez enlever les spaghettis et garder la violence comme fondement de la société américaine, propos développé par Scorcese dans Gangs of New-York. Au rayon des points forts donc, une richesse thématique qu’on ne finit pas de sonder et c’est là l’ingrédient premier d’un film qui marque son temps et l’histoire du cinéma. On tient là un objet intemporel au propos intemporel. On applaudira aussi l’interprétation, sans fausse note. En tête, un Brando magistral, un Pacino (dont c’est le troisième long) impressionnant, un Caan toujours exaltant et un Duvall parfait. Ils portent réellement leurs personnages. De son côté, obsédante et toujours à propos, la partition de Nino Rota sonne parfaitement juste. Enfin, la mise en scène a ce classicisme qui permet de dire beaucoup sans en faire des tonnes. En toute discrétion donc, Coppola se met au service de son histoire et jamais nous ne sommes extraits de l’histoire par un effet trop criard. Un défaut ? Peut-être le récit est-il trop linéaire, trop narré, ce qui donne un aspect paisible à l’ensemble malgré l’intensité du propos.


Donc ? Donc l’attente n’aura pas été vaine ! On tient là un grand film à la hauteur de sa renommée, qui ne paie pas le poids des années. Comme il est bon et satisfaisant de voir ses attentes récompensées !


>>> La scène qu’on retiendra ? La construction de l’épilogue, d’une froideur glaçante !

Konika0
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le 7 janv. 2026

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