Deuxième incursion dans la saga "Le Passage du Grand Bouddha", après la trilogie de Tomu Uchida en 1957 / 1958 / 1959, cette fois-ci en couleur et sous la direction de Kenji Misumi. Pas de bol, je n'avais pas particulièrement accroché à la première, et malgré les nombreux changements de style dans cette version de 1960, le résultat est assez proche d'après mes souvenirs. Pas sûr que je tenterai le reste de la trilogie dans la foulée comme je l'avais fait il y a quelques années pour Uchida, mais en revanche, tout ça me rapproche un peu plus de celle d'Okamoto ("Le Sabre du mal", 1966) qui me paraît depuis longtemps la plus adaptée à mes inclinations.
Rien de particulièrement rédhibitoire en soi dans ce nouveau récit centré sur un samouraï incarnant le nihilisme le plus pur — la première scène nous montre direct son comportement brutal, son absence de scrupule, et sa soif de violence : il assassine un vieillard sans sommation et sans raison apparente, comme ça, pour le kif. Bon personnellement, j'ai un peu de mal à accepter l'interprétation de Raizō Ichikawa dans le rôle du protagoniste Ryunosuke Tsukue, je sais pas, je trouve que ça ne lui correspond pas vraiment, il est plus proche de l'enfant de chœur je dirais malgré tous ses efforts pour paraître froid et menaçant. D'ailleurs au passage, petites apparitions de Chishû Ryû avec cheveux longs, c'est drôle.
Pas follement emballé par cette peinture de la folie en réalité, et je trouve que le récit s'éparpille un peu trop, comme s'il y avait un peu de remplissage, alors qu'on nous laisse à la fin de ce premier volet sur un climax volontairement posé là, en attendant le deuxième volet. Bon sur le plan esthétique, c'est très bien, la gestion des couleurs tout en teintes bleutées m'a beaucoup plu, de très nombreux plans donnent envie de mettre sur pause juste pour en profiter un peu plus. Reste que cette histoire de vengeance très partielle, avec les deux principaux antagonistes se retrouvant pour s'affronter enfin à la toute fin, m'a laissé plutôt insensible.