Vingt-six minutes de dessin animé de Noël, sorties en décembre 1978 en première
partie d'une ressortie de Pinocchio. Un petit garçon doit vendre son vieil âne,
personne n'en veut, et l'acheteur qui finit par se présenter s'appelle Joseph.
Vous voyez le tableau.
Ce n'est pas pour ça qu'il faut le voir.
Regardez le générique. À l'animation : Don Bluth, Gary Goldman, John Pomeroy,
Jerry Rees, et un jeune homme nommé Henry Selick, celui qui réalisera plus tard
L'Étrange Noël de monsieur Jack et Coraline. Disney venait de perdre la
génération des Neuf Sages et tentait d'en fabriquer une autre. Elle est là,
presque au complet, sur un court métrage de Noël que Bluth lui-même décrira
comme un truc qu'il a réalisé pour occuper l'équipe.
Neuf mois plus tard, le 13 septembre 1979, jour de ses quarante-deux ans, Don
Bluth claque la porte. Dix animateurs le suivent, Goldman et Pomeroy compris.
Motif invoqué : le contrôle artistique et la manière dont le studio formait ses
animateurs. Rox et Rouky était alors en production, Bluth venait d'animer des
scènes de la veuve Tweed. Disney s'est débrouillé sans eux.
Alors on regarde ces vingt-six minutes autrement.
Un vieil âne dont tout le monde répète qu'il ne vaut plus rien. Un marché où on
le refuse partout. Un gamin qui s'obstine à croire qu'il a encore quelque chose à
donner. Le film est fabriqué par des gens qui, à cet instant précis, pensent
exactement cela d'eux-mêmes à l'intérieur du studio qui les emploie. Ce n'est
sans doute pas volontaire. C'est précisément pour ça que c'est troublant.
Le film en lui-même ? Mineur, disons-le. Le scénario est d'un sentimentalisme
épais, les trois chansons sont oubliables, et la morale arrive avec la délicatesse
d'un sabot dans une porte. Mais la lumière est belle, l'atmosphère du marché tient
debout, et on aperçoit par endroits ce que ces gens savaient déjà faire, et ce
qu'ils feraient quatre ans plus tard avec Brisby et le secret de NIMH.
À regarder comme on visite une pièce vide la veille d'un déménagement. Il ne s'y
passe pas grand-chose. Mais tout le monde a déjà fait ses cartons.