On pourrait rebaptiser ce film "Contes cruels de l'enfance" tant Nagisa Ōshima adopte la hauteur de vue de son protagoniste de dix ans, embarqué bien malgré lui dans les frasques orchestrées par son père et sa belle-mère afin de soutirer de l'argent à de pauvres automobilistes — le fameux accident simulé afin d'extorquer les pauvres conducteurs se croyant coupables. "Le Petit Garçon" est un film vraiment cruel avec son personnage principal, d'une part au travers des violences psychologiques dans lesquelles il baigne à l'intérieur du cercle familial (le père est un gros taré mais la mère ne fait pas non plus preuve d'une mesure significative) et d'autre part en raison des blessures qu'il subit en se risquant aux arnaques (simuler des accidents de voiture ne se fait visiblement pas sans risques).
Malgré l'ampleur de l'horreur familiale quotidienne du film, j'ai rarement vu un film de Ōshima aussi pondéré dans ses excès — une parcimonie dans l'emphase à éventuellement relier à la dimension de récit d'apprentissage, à la place centrale de l'enfant. Dure condition que celle du gamin devant se jeter sous les roues des voitures aux quatre coins du pays, sur injonction des parents, avec obligation de fuir dans la ville suivante après chaque escroquerie ou presque. Même la fuite semble impossible, chacune des tentatives de l'enfant s'étant soldée par un échec.
Le scénario est inspiré d'une pratique apparue au Japon dans les années 1960, et Ōshima l'intègre dans une chronique un peu étrange, marquée par son côté très Nouvelle Vague japonaise, qui n'a pas dû passer inaperçu à son époque. Encore aujourd'hui, la chose conserve une bonne part de choquant, avec quelques séquences complètement glaçantes. Le constat social est brûlant et arrose d'acide autant les conditions sociétales que l'irresponsabilité des parents aveuglés par leur pauvreté, et le seul contrepoint à cette histoire sordide se focalise dans les errances du garçon, racontant des histoires d'extraterrestres justiciers à son petit frères. Triste conjuration de la misère quotidienne, tout en esquissant une certaine lucidité chez l'enfant incapable de s'échapper.