A la croisée des chemins entre The Witch et Calme blanc, voilà un film qui navigue entre deux eaux et peine à emporter l'adhésion. C'est Kathryn Bigelow, qui n'est pas manchote, qui m'a décidée à me coller devant cette histoire bizarre à cheval entre deux époques. Après, j'ai découvert la distribution, plutôt prestigieuse, mais plombée par des rôles marqués par leur époque. Celle où on aimait bien les eaux troubles, les personnages opaques, les relations tordues, sources de souffrance. Où les femmes pouvaient être encore la cause de tous les maux; les hommes étant ce qu'ils étaient, on ne leur demandait pas autre chose : brutaux ou simplement égoïstes, ils semblaient ballotés par des volontés féminines qui leur étaient complètement étrangères, au point de devenir de simples jouets entre les mains de compagnes en lutte pour leur attention exclusive. La soumission de l'époque des Colons d'Amérique, ici venus de Norvège, donc des Protestants austères, n'a apparemment plus cours. Nos héros contemporains sont jeunes, beaux, cools, en vacances, riches et/ou reconnus, bref, comment vont-ils bien pouvoir se gâcher la vie ? Pas de souci, ils y arrivent glorieusement, grâce aux échos quasi surnaturels d'un drame arrivé bien avant eux sur les îles qu'ils visitent, échos qui vont faire remonter à la surface des blessures à peine enfouies. La chute viendra d'une belle tentatrice, que la réalisatrice accable d'un male gaze bien assimilé, sorte de succube venue corrompre un couple à la dérive, jusqu'au drame. Dit comme ça, ça pourrait être tentant, mais on s'ennuie pas mal à bord de ce bateau en attente d'une tempête et le dénouement de l'intrigue criminelle du passé n'est pas l'épiphanie qu'on attendait. Mais bon, je suis peut-être difficile. C'est juste que j'ai trouvé tout ce dispositif un peu lourd et gratuit. Tentez toujours le coup, les acteurs valent le détour.