Adaptation d'un roman de Pierre Boulle, "Le point de mire" est une tentative française de rivaliser avec les américains sur le terrain du polar seventies dépressif et paranoïaque. En terme de rythme lancinant et d'atmosphère morose et sans issue, le film pourra évoquer "The conversation" de Coppola, par exemple (toutes proportions gardées évidemment).
Hélas, si l'on peut certes louer l'ambition du réalisateur (belge) Jean-Claude Tramont, le résultat n'est clairement pas à la hauteur. La première partie provoque un certain ennui en raison de sa mollesse, tandis que la deuxième moitié souffre d'invraisemblances et d'un scénario à la fois prévisible et trop statique.
A titre de comparaison, "I comme Icare" d'Henri Verneuil (sorti deux ans plus tard) s'avère imparfait, mais se situe deux crans au-dessus du "Point de mire", notamment en terme de mise en scène.
Tramont ne parvient pas à dynamiser son récit, à imprimer une tension oppressante ni à susciter une véritable angoisse.
La photo grisâtre (d'un Henri Decae fatigué) et l'image terne illustrent l'existence maussade de l'héroïne (Annie Girardot, convaincante comme souvent), une photographe en quête de vérité suite à la mort suspecte de son ex-mari, mais qui manque cruellement de jugeotte. Tout apparaît triste et déprimant, de sa mère qui se meurt dans la solitude et le whisky, à ses relations d'un soir avec les hommes de passage.
Mais la peur et la menace ne sont pas suffisamment tangibles pour captiver le spectateur, qui suit cette histoire de complot avec un ennui poli.
Quelques péripéties et personnages secondaires viennent heureusement jalonner le récit, à l'image du savoureux SDF campé par Michel Robin, du patron d'agence photo incarné par Jean Bouise, où de la taulière jouée par Françoise Brion.
On s'amusera également à reconnaître les visages de Michel Blanc et Marie-Anne Chazel dans leurs furtifs premiers pas au cinéma.
Mais en terme d'interprétation, la déception vient de Jacques Dutronc, deuxième vedette de l'affiche et erreur de casting manifeste : encore affublé de sa bouille de jeune chanteur, Dutronc apparaît insipide, l'ambigüité de son personnage ne passe pas à l'écran.
L'apprenti comédien contribue ainsi à maintenir "Le point de mire" dans une certaine médiocrité, même si on peut à nouveau saluer la tentative, et rester indulgent dans la notation.