Un début très abrupt de par un jeu d'acteurs très littéraire, peu vraisemblable. Mais on s'installe au bout de quelques minutes dans cette atmosphère qui place le spectateur hors de sa réalité. Ce jeu dénué de romantisme est très placide et le vide des relations sociales en est dévoilé. Les dialogues, les mots ont alors une place reine... pour conclure de leur propre inanité. La musique, elle, a ce pouvoir de communion des âmes.
La première partie nous présente deux mondes, deux couples, l'un littéraire, l'autre musical. Un disque les reliera, ou plutôt liera les deux amants maudits, Sarah et Pascal. Maudits par le temps car quand ils se reconnaissent, dans la deuxième partie, c'est déjà trop tard pour la nymphe Sarah, partie du réel pour fuir ses démons, son désespoir.
La marcescence de Sarah est la copie cinématographique du chant de Monteverdi, Il Lamento della ninfa , qu'elle enregistre : entourée de trois hommes qui l'aiment, une nymphe se lamente sur un amour éloigné.
Miserella Malheureuse
Fa che ritorni il mio Fais revenir mon
Amor com’ei pur fu, Amour comme il était,
O tu m’ancidi, ch’io Ou tue-moi, pour
Non mi tormenti più. Que je ne souffre plus.
La scène où se joue cette œuvre est sublime, emplie de regards pénétrants, d'une tension toute baroque qui élève celui qui regarde le temps de cette pause musicale. Il faut reconnaître l'habileté de la soprano ici, Claire Lefiliâtre, élégante sans trop de pathos.
Je regretterais un trop plein de personnages qui certes plante un décor théâtral, mais fait se perdre en détours à mon avis inutiles, ou trop longs, le film.
Enfin, une chose qui m'a intriguée tout le film : "les Délices Triomphantes" et son chef tyrannique à l'accent anglais sont-ils un gros clin d’œil aux Arts Florissants et William Christie ?