Eugène Green utilise l'héritage du théâtre baroque en le transposant devant la caméra : le résultat est catastrophique, artificiel et d'une lourdeur relativement antipathique. La majeure partie du Pont des Arts se consacre à l'oralité, interminable bavardage prenant la forme d'une déclamation sur-prononcée... La place laissée au visuel est pratiquement réduite à peau de chagrin, vulgaire filmage fonctionnel et grossièrement démonstratif dans son enchaînement de champ/contrechamp raplapla. C'est moche à regarder, difficilement supportable à écouter et auto-centré comme jamais.
Ce film semble en définitive n'exister que pour lui-même, comme étudié, produit et tourné en vase clos. On peut reconnaître à Eugène Green son authenticité et sa singularité mais son bidule a bien davantage sa place sur les planches que dans une salle obscure. L'ethnocentrisme parisien a ici de quoi fortement agacer, rappelant la suffisance contemporaine d'un certain Christophe Honoré et cette idée ridicule de l'exception culturelle comme légitimité ultime. Le film parvient à éviter la prétention en raison de son honorable sincérité mais demeure résolument mauvais et très Canada Dry. A noter l'interprétation proprement horripilante de Denis Podalydès, innommable acteur d'une édifiante fausseté. J'ai détesté.