Mon été cinématographique aura été placé cette année sous le signe de Turner Classical Movies. Face aux nouveautés fades proposées par les grandes chaînes payantes, TCM m'aura offert une belle alternative, proposant un catalogue éclectique et varié, le tout dans de superbes copies HD. C'est donc par le biais de cette excellente chaine que j'ai pu découvrir "Le privé" de Robert Altman.
Echec lors de sa sortie en salle et taxé un peu vite de misogynie, le film de Robert Altman adapte à sa façon l'univers de Raymond Chandler, propose une vision toute particulière du personnage de Marlow, bousculant les codes du roman noir, le cinéaste accouchant d'une oeuvre dont l'élégance suprême et l'humour noir et pince-sans-rire camouflent difficilement une intrigue extrêmement sombre.
En constante ruptures de ton, naviguant sans cesse entre parodie et tragédie, "Le privé" offre une vision amère et violente d'une société machiste ne voyant la femme que comme un objet (le coup de la bouteille de coca-cola, tétanisant), la détruisant aussi bien physiquement que psychologiquement, propos sévère légèrement contrebalancé par l'humanité de son anti-héros magnifiquement campé par Elliot Gould et sa voix de crooner, concentré de coolitude et de nonchalance qui aura certainement servit de référence au Spike Spiegel de "Cowboy Bebop".
Détournement doux-amer d'un genre extrêmement codifié, déambulation jazzy d'un dinosaure tout droit sorti des 50's jurant avec la folie des 60's / 70's, "Le privé" est un film noir aussi drôle que désespéré, superbement mis en scène et offrant une de ses premières apparitions à un Governator encore inconnu et portant la stachemou.