Le film s’ouvre sur le réveil d’Eliott Gould ou Philip Marlowe le détective privé de Chandler. Il est réveillé par son chat. En fait tout le film d’Altman pourrait être condensé dans cette séquence. Séquence qui ouvre la narration, qui va donner au film sa tonalité, son rythme si particulier, mais qui peut aussi jouer le rôle de transition. C’est un réveil gueule de bois et on ne sait pas depuis combien de temps Marlowe était allongé là. D’une certaine manière ce réveil est une résurrection. Marlowe semble avoir dormi une trentaine d’année, et erre comme une âme en peine, dans le Hollywood des 70’s, en agissant comme s’il était encore dans les 30’s. Cette idée là n’est pas seulement à la base du concept du film mais elle en est tout le sujet. En effet Altman choisi de transposer un roman de Chandler dans une autre époque plutôt que de faire un travail de reconstitution historique. Mais tout le film, chaque personnage, chaque enjeu narratif, chaque mouvement de caméra, est guidé par cette idée. Le privé est un film sur l’illusion. Chaque plan transpire ça. Ce n’est pas un hasard si le cadre est celui d’Hollywood. Altman choisi un décor où la frontière entre le réel et le faux est très fine. Hollywood est un monde à part, où le souvenir, la nostalgie d’un passé, qu’il soit fictif ou non, semble planer sur chaque éléments, chaque habitants.
Mais là où le film est très beau et très fort, c’est que ce sentiment-là, que partage les personnages, chacun dans un comportement ou une obsession particulière, ne parvient pas non plus à transformer totalement le plan. Ce que filme Altman, c’est bien les années 70. Mais les années 70 vue à travers les yeux de ce héro paumé et des personnages qui l’entourent. D’où un décalage qui se crée. Décalage qui engendre des situations tout autant absurdes et drôles que tristes et mélancoliques.
Pour en revenir à cette première séquence, tout est déjà là. Marlowe est réveillé par son chat, son unique compagnon, l’unique lien qui le rattache au monde. Le chat a faim, mais ne veut manger que sa pâtée préférée. Or il n’y en a plus, et Marlowe, par on ne sait qu’elle motivation, va tenter de le tromper en remplaçant sa pâtée par une autre. L’effet d’illusion ne prend pas, le chat n’y touchera pas et s’enfuira. Il y a ce côté-là dans le film d’Altman tout au long du film, comme je disais : imitations d’acteurs, effet miroir dans des vitres, intrigue en trompe l’œil,…
Mais c’est aussi le cas du film en général. Le spectateur attendait peut être quelque chose de cette adaptation de Chandler que le cinéaste a tenté de remplacer par autre chose. Mais le spectateur ne partira pas comme le chat, car la pâtée servie est délicieuse.
C’est en effet un film génial, où les références sont utilisées de façon subtile, mais surtout intelligente, avec un vrai propos passionnant. Mais c’est surtout un vrai film de cinéma bourré de scènes d’anthologies, de dialogues brillants, et dans lequel Goud, incarnation désabusée et ironique d’un Bogart sous tranxène, totalement largué et en retard sur les évènements qui se déroulent, traine clope au bec sa carcasse endormie. It’s okey with me !