Coagulant les genres via une véracité rugueuse parfois Stonienne (Savages, Natural born killers), Nick Cassavetes dirige son road-movie existentiel avec une griffe artistique aussi acérée qu’inspirée des thématiques de son père, le L.A. arty en moins, le badass tex-mex en plus.
Soit une ode déglinguée aux âmes toujours à la limite du point de rupture à l’image des fulgurances néo-nouvelle vague de réflexions désenchantées et de violence hardcore bien sentie. C’est sale, organique et éruptif comme une giclée d’héroïne sous celluloïd fixant votre esprit.
Si les galeries de personnages névrosés et narcissiques du père vous agaçaient, le fils calme (un peu) la dose d'hystérie verbale par des scènes contemplatives où regards et gestes hésitants disent beaucoup plus... mais nous gratifient aussi d'une sauvagerie bien gratinée au son d'une B.O. indé/psyché 70 ad hoc. En témoignent la scotchante scène du parking commercial suivi de l'home invasion NC-17 qui ne laisseront dans tous les cas aucun public indifférent.
Alors autant ne rien révéler aux cinéphages : l'expérience à l'écran mérite bien de sacrifier 3 épisodes netflix en streaming aussitôt oubliés (comme l'artwork de trou de balle du film).
Polar drama parfois trop bavard voire poseur mais souvent touchant, God is a bullet ne souffre pas en effet de sa durée substantielle, carossé par un scénario fluide, un ton viscéral crédible et un rythme au cordeau jusqu'à la fin. L’intrigue est loin d’être l’essentiel, c’est l’issu qui donne le sens à l’histoire. Loin de s'être ramolli après ses derniers films alimentaires, Cassavetes a pris le temps de restituer l'urgence de son récit.
Minka Monroe est impériale en ex damnée en rédemption vengeresse, écrasant souvent ses partenaires de jeu. Son meilleur rôle à ce jour aux antipodes du jeu mutique de The guest et d’It follows, proche d’une Jennifer Lawrence des grands jours (Miss Portman peut aller se rhabiller avec ses tutus parfumés).
Seule interrogation au générique alléchant : la présence anorexique à l'écran de la magnétique January Jones, probablement invisibilisée au montage final.
Mention spéciale aux ordures baroques du Club satan et à la boucherie pré-finale n’ayant rien à envier au spectacle quotidien du mal à l'intérieur de nos frontières.