Très grosse claque de la part d’un film dont je n’attendais rien de particulier.

Orson Welles nous donne ici, dans le meilleur film que j’aie vu de lui pour l’instant, une adaptation du roman Le Procès de Kafka (et j’ai maintenant très envie de le lire).
On y suit un homme, M. K, qui est accusé par la justice d’un crime qui nous est inconnu (et à lui aussi, visiblement). S’ensuit alors un périple interminable pour sortir de cette affaire dont il n’est « pas coupable ».

Sans avoir lu Le Procès de Kafka, mais ayant déjà lu certaines de ses œuvres, je peux voir que Welles a été fidèle au moins sur une chose : l’ambiance, l’univers. C’est dans un monde désordonné et presque cauchemardesque qu’il nous plonge, et il le fait tellement bien que j’ai ressenti des effets physiques (mal à la tête quand M. K a mal à la tête, l’impression d’être dans un rêve…).

Dans ce décor surréaliste où toutes les tailles, les pièces, les constructions sont exagérément bizarres, chaque endroit que K a à visiter pendant sa journée (son travail, le tribunal, l’église) est lié à un seul et même lieu, où l’on se perd. C’est probablement l’aspect du film que j’ai préféré : presque expérimental et très étrange.

Et dans cette critique qui ne s’arrête pas de la bureaucratie et de la justice (dont Terry Gilliam va beaucoup s’inspirer pour Brazil), parfois tellement abstraite que ça nécessite des connaissances que je n’ai pas, on suit l’histoire absurde de cet homme, allant de bureaux en bureaux, toutes les femmes à ses pieds, se convainquant lui-même qu’il défie la loi avec ses grands discours, bien qu’il ne défie rien du tout.

Et puis ce personnage de l’avocat (Orson Welles) est extraordinaire : exagérément grandi et grossi (ou en tout cas c’est l’effet ressenti), avec tous ses clients à ses pieds sans que pour autant il ne s’intéresse à aucun d’entre eux. En fait, tous les personnages sans exception sont excellents : de la cousine à l’oncle, en passant par le patron et la danseuse alcoolique.

Sans parler des dialogues, qui parfois m’ont vraiment fait rire, ne serait-ce qu’au début lors de la discussion entre K et la police, où, de la manière la plus ridicule possible, les flics notent tout ce qu’il dit — déformant, sexualisant parfois — ou ce dialogue absurde que K entretient avec son oncle pour prendre rendez-vous avec l’avocat.

En fait, Le Procès, c’est l’histoire d’un homme qui se condamne tout seul, bien qu’il (en tout cas selon moi) n’ait rien fait. Il se condamne parce qu’il tombe dans le piège, dans les rouages du système, cherchant désespérément à se dédouaner mais en même temps en s’inculpant tout seul. Très, très grand film que j’aurais aimé découvrir avant tous les Kubrick ou les Gilliam, qui se sont librement inspirés du travail de Welles.

Mikelamigrai
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Top 10 Films

Créée

le 20 janv. 2026

Modifiée

il y a 6 jours

Critique lue 6 fois

Le Procès

Le Procès

8

Nushku

le 15 janv. 2011

Suivre

Les entrailles du monstre

Outre sa narration, sa bande-sonore, sa symbolique, ses interprétations, explications et ses innombrables autres qualités déjà ressassées par les exégètes, le film est une perle de réalisation,...

Le Procès

Le Procès

10

Bouquinages

le 11 déc. 2010

Suivre

« I played the advocate and I wrote and directed this film... my name is Orson Welles. »

Orson Welles, un des plus grands (le plus grand?) réalisateurs de tous les temps, s'attaquant à Franz Kafka, un des plus grands écrivains du XXème siècle et à une de ses œuvres phares: Le Procès,...

Le Procès

Le Procès

7

Oka-Liptus

le 31 mars 2023

Suivre

Labyrinthe expressionniste

Le Procès met en scène, avec une certaine maestria, les rouages de la machine judiciaire. Ou quand un procès est là pour broyer et mettre en difficulté un homme qui n’a absolument rien à se...

Les Fraises sauvages

Les Fraises sauvages

6

Mikelamigrai

il y a 6 jours

Suivre

Critique de Les Fraises sauvages par Mikelamigrai

La deuxième partie est vraiment pas mal mais globalement c'est le Bergman que je n'aime pas, celui qui pense traiter de la complexité des sentiments mais qui nous donne du caricatural et du théâtral...

What Did Jack Do?

What Did Jack Do?

6

Mikelamigrai

il y a 6 jours

Suivre

Critique de What Did Jack Do? par Mikelamigrai

Alors là je sais pas ce que je viens de regarder mais c'était très drôleMerci Lynch

Sueurs froides

Sueurs froides

6

Mikelamigrai

il y a 6 jours

Suivre

Critique de Sueurs froides par Mikelamigrai

Nonn c'est quoi cette fin bâclée