On ne peut nier qu’on sent le premier film sur bien des aspects mais on va y revenir. Ilan Klipper en est donc à son galop d’essai avec « Le processus de paix » après plusieurs courts et moyens métrages. Il lui-même écrit ce long inaugural et on peut dire qu’il a le sens aigu des mots tout comme il sait croquer notre époque sur le plan général mais surtout le couple contemporain qui est l’épicentre de cette histoire. Ce qui aurait pu être une banale comédie sur les aléas d’une relation et de la famille ou un drame sur la difficulté du vivre à deux – ou un mélange des deux – s’avère être bien plus original que cela.
Partant de l’adage selon lequel à notre époque on ne répare plus rien et on jette (sous-entendu on se quitte) quand quelque chose ne va plus, il va partir du principe inverse. Celui d’analyser ce qui ne fonctionne plus ou qui est cassé pour le recoller. Et comme il a choisi la légèreté plutôt que la gravité, on va suivre ce couple sur plusieurs phases mais principalement celles où on ne se supporte plus et celle où on se rend compte qu’on peut s’améliorer. Et ils vont faire cela grâce à une sorte de charte, qui est l’idée amusante du long-métrage. Une sorte de pacte de non-agression conjugal. Ce champ lexical guerrier où la relation de couple est comparée à une guerre est bien vu et le cinéaste pousse encore plus loin par le biais d’une analogie peut-être un peu marquée avec le confit israélo-palestinien.
Comme le personnage principal est juif, cela fait un peu de sens même si on peut trouver cela un peu maladroit (le film a cependant été tourné et est sorti avant le 7 octobre). Après, c’est aussi le propre du cinéma et de la liberté d’expression de tenter ce genre de choses. Mais cela aurait gagné à être un peu moins appuyé. En revanche, la plupart des situations sont cocasses sans être absurdes, le cinéaste restant toujours dans le réalisme et on ne peut que se délecter de dialogues bien écrits et mis en bouche, le plus souvent amusants. Quelques séquences sont vraiment drôles mais si on ne doit en retenir qu’une, ce serait bien sûr celle du pétage de câble à la radio.
Le casting de têtes pas trop connues en premiers rôles (Bonnard et Chamoux ne sont pas de grosses stars et c’est tant mieux) excelle et forment un duo probant et attachant. Parfois on tient avec elle et parfois avec lui et cette bascule est salutaire. La galerie de seconds rôles de luxe est en outre parfaite. Il y a quelques séquences moins réussies (la boîte de nuit), une fin un peu facile et des changements de braquet des deux personnages parfois un peu hâtifs mais dans l’ensemble c’est bien vu. On notera surtout une mise en scène un peu prosaïque symptomatique des hésitations formelles d’un premier film justement. Néanmoins, dans l’ensemble voilà une petite comédie familiale jamais lourde, débordant d’énergie et bien sentie qui fait passer un bon petit moment.
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