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La sorcière de Blair
Passer à côté de ce film est tellement facile. Ma première fois j'ai cru à une blague, m'interrogeant sur comment le film a pu être encensé à ce point, qu'est-ce qui fait peur au juste...
le 7 mars 2014
The Blair Witch Project ou en français : Le Projet Blair Witch est un film indépendant américain réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sanchèz. Il s'agit d'un film d'horreur appartenant au genre du « Found Footage », genre novateur lors de sa date de sortie qui existait certes avant mais dont le Projet Blair Witch définira les lignes directives et les principaux codes.
Le film est introduit par un carton noir visant à expliquer la nature des images qui vont suivre , il cherche également à donner de la crédibilité au film qui se veut être une restitution de faits réels et nous explique que trois étudiants en cinéma (Heather, Mike et Josh) ont disparu alors qu'ils tournaient un documentaire sur la sorcière de Blair dans le comté de Burkitsville. Suite à cela le film débute et nous y découvrons les trois protagonistes. Dans une première partie nous en apprendrons plus sur le village et ses légendes au moyen des interviews des habitants qui nous livrerons alors des indices plus ou moins explicites sur les événements à venir. Rapidement les trois étudiants se rendront dans la forêt, habitat présumé de la sorcière, et commencera alors la deuxième partie qui peut elle même être divisée en deux types de séquences : le jour et la nuit. Pendant les journées, les trois personnages parcourront la forêt à la recherche d'indices et s’enfonceront de plus en plus dans les bois, tandis que la nuit ils auront à faire à des phénomènes paranormaux qu'ils ne parviendront pas à expliquer et qui seront de plus en plus violent. Nous assistons donc à une véritable descente aux enfers aux cotés de ce groupe et nous les regardons impuissants avancer pas à pas vers leur funeste destin, s’engouffrant à chaque instant un peu plus dans la folie.
Le *Projet Blair Witch* a divisé et divise encore aujourd'hui quant à a sa qualité en tant que film. Dans ce devoir d'analyse il serait en effet difficile d'analyser chaque plans étant donné qu'il n'y a pas dans le film une volonté de construction mais plutôt de déconstruction de l'image. La complexité du film naît de sa simplicité : petit budget, acteurs inconnus jouant leur propres rôle, décors minimes... aussi les «found footage » sont par définition des films reconstitués à partir de vidéos « vierges » de tout montage, retrouvées et projetées après leur découverte relatant des faits dit « réels ». Qui plus est, et c'est le cas dans le *Projet Blair Witch*, ces bandes vidéos sont très souvent tournées en caméra d'épaule, caméra qui est diégétisée et qui représente alors un rempart présumé pour les personnages mais aussi un rempart pour les spectateurs, les premiers cherchant à se cacher d'une réalité monstrueuse, les autres cherchant à découvrir la réalité des premiers tout en étant en sécurité. La caméra est donc un point d'entrée dans le film faisant du spectateur un personnage à part-entière cherchant dans les moindres recoins de l'image un indice sur la nature des événements. Celui qui tient la caméra ne cherche donc pas à construire un plan mais simplement à montrer ce qu'il voit ou plutôt ce qu'il ne voit pas. C'est dans cela que réside tout le potentiel du *Projet Blair Witch* et plus largement celui du « found footage ». En effet le film ne dévoile pas son potentiel terrifiant dans ce qu'il montre mais dans ce qu'il ne montre pas ; dans son ouvrage sur les « found footage » Stéphane Bex dit : « De fait, la peur que fait naître le film ne réside pas dans l'exhibition du monstrueux – on ne verra jamais la sorcière – mais dans l'enregistrement de ce rien dont le filmage nous dit qu'il devient tout pour les personnages et indirectement pour les spectateurs » . Le *Projet Blair Witch* nous renvoi alors à des peurs primaires, la peur de l'inexpliqué et de l'invisible: ces craquements de branches durant la nuit , ces ombres dansantes, ce cri animal dont la provenance reste un mystère... . À travers les images floues, les formes abstraites générées par le manque de luminosité ou par les changements de couleurs entre les deux caméras, ou plus simplement dans l'esthétique du « nightshot » elle même assez terrifiante, la moindre branche devient pour le spectateur un objet non-identifié pouvant être hostile à la vie des protagonistes. L'imaginaire de chacun entre en jeu : ce qu'on ne comprend pas fait peur car on y assimile des idées qui nous sont propre, ainsi le film renvoi chacun à ses peurs internes. Ce que le film ne nous montres pas, nous le créons et en participant ainsi à l'acte de création le spectateur est responsable, d'une certaine manière, de sa propre peur . La scène finale est l'exemple le plus signifiant pour illustrer cette idée, cet instant où se cristallisent tous les enjeux du film est pourvue d'une tension difficilement tenable et le spectateur y perd tout repère aussi bien visuels que sonores. Toujours dans le même ouvrage, Bex dit : « Moment véritablement terrifiant dans lequel proximité et éloignement opèrent de concert, aboutissant à une forme de délocalisation, d'échappée brutale à toute reconnaissance du temps et de l'espace ».
Cette façon de créer la peur par le doute rappelle la série de courts-métrages réalisés par Jean-Teddy Fillipe en 1989 intitulés Les documents interdits, des œuvres fictionnelles sobrement présentées comme des restitutions de faits avérés et confidentiels relatant des phénomènes paranormaux de toutes natures et ayant été capté sur film. Ces enregistrements créent la peur car ils créent le doute. Ainsi la peur du «rien » est bien plus grande que les frayeurs instantanées et éphémères provoquées par les films d'horreur contemporains adeptes de la rupture des tons et des « screamers » abusifs.
Le *Projet Blair Witch*, quelque soit l'estime qu'on lui porte et bien qu'il n'ait rien inventé reste néanmoins un pilier du cinéma d'horreur et symbolise la base d'une nouvelle branche qui n'a cessé de se développer ([REC], Cloverfield...) et qui sort aujourd'hui du carcan cinématographique pour se diriger également vers internet où les « found footage » prolifèrent et donnent naissance à de très bonne séries qu'on désigne sous le terme d'« ARG » (Jeux en réalité alternée [Altered reality game]). Dépassant d'ailleurs le simple format vidéo pour devenir une véritable chasse aux indices sur tout l'internet. Citons l'un des plus fameux exemple : *Marble Hornets*, une web série disponible sur Youtube prenant comme base le mythe contemporain du « Slender Man » et dont l'inspiration du *Projet Bair Witch* se fait ressentir à chaque instant.
Souvent reprit ou parodié, le *Projet Blair Witch* à vu peu de films de son envergure lui succéder et son influence ne semble pas se diluer dans le temps, preuve incontestable de sa place de choix au sein de la longue lignée des films d'horreurs. De plus les débats qu'il anime encore aujourd'hui (gros carton ou grosse arnaque ? Histoire vraie ou légende ? et théories en tout genre... ) ne présagent pas une disparition du genre qu'il porte. Au contraire, à présent le défi est encore à relever pour les réalisateurs souhaitant marcher sur les pas de Myrick et Sanchèz. Les « found footage » cherchent à s'encrer de plus en plus dans la réalité au moyen de campagnes marketing plus poussées ou bien en jouant de cette volonté des spectateurs de ne plus rester passifs mais de participer à l'avancement du récit (grâce à internet par exemple, voir également les ARG).
De fait il est clair que la sorcière de Blair continuera de hanter les écrans pour encore quelques générations.
Créée
le 10 nov. 2016
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