Le Projet Nim (2012) revient sur une expérience très peu connu du grand public (et ce, malgré les reportages ou articles dans les journaux de l’époque). En 1973, des chercheurs de l’université Columbia aux États-Unis souhaite faire l’expérience de confier un bébé chimpanzé à une famille humaine pour y étudier sa capacité d’apprentissage au langage. 10ans après la parution du livre de Pierre Boulle : La Planète des singes, faut-il y voir un signe ? Il est d’ailleurs intéressant de constater plusieurs similitudes entre cette histoire et le film de Rupert Wyatt : La Planète des singes : les origines (2011) avec le personnage de César.
Le projet Nim est lancé et se retrouve à être élevé au sein d’une famille où il y apprendra le langage des signes. Il y était aimé et choyé au sein de cette famille de hippies (bien que la mère entretenait avec lui une relation plutôt surprenante, en lui donnant le sein pendant 2 à 3 mois par exemple ou allant jusqu’à lui donner une gorgée d’alcool, voir même quelques taffes sur ses joints). Mais au fil des années, le chimpanzé va se retrouver être balloté de familles d’accueil en centre d’expérimentations. Bien évidemment, Nim reste avant tout un animal sauvage, quand arrive l’âge de ses 5ans, il devient incontrôlable et se retrouve vendu à un laboratoire (où ils testent sur les animaux l’innocuité de vaccins tels que l’hépatite B, C, ainsi que le VIH). Par la suite, après plusieurs tentatives pour récupérer Nim, une association de défense des animaux parvient à le récupérer où il y vivra jusqu’à la fin de ses jours).
James Marsh lève le voile sur cette terrible expérience vécue par Nim, élevé comme un être humain, choyé comme un enfant humain et qui aura passé le reste de son existence derrière les barreaux d’une cage. Resté longtemps incompris par les humains qui eux, ne comprenaient pas le langage des signes. Le réalisateur alterne les images d’archives, les reconstitutions et les nombreux témoignages des intervenants de l’époque, cela va du professeur de l’université en passant par la mère de famille hippie, en passant par son professeur à l’un de ses soigneurs.
Il en résulte un très beau documentaire anthropologique qui dénonce (s’il le fallait encore) la manipulation et les expérimentations animales. Nim aura été manipulé dès sa naissance par les humains (puis par la science à travers diverses expériences), balloté dans diverses familles d’accueil, aura perdu ses repères, aura été dans l’incapacité de pouvoir communiquer avec les autres. Une expérience qui aurait pu repenser la question de la condition humaine mais qui au lieu de cela, aura permis de confirmer la bêtise humaine.
Enfin, impossible de ne pas repenser au film Koko, le gorille qui parle (1978) de Barbet Schroeder. Un documentaire qui levait le voile sur un gorille qui connaissait jusqu’à 1000 signes, dont 500 couramment. Mondialement connu, elle avait fait beaucoup parler d’elle dans les années 70 & 80.
(critique rédigée en 2012, réactualisée en 2021)
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➽ Film vu dans le cadre d’une thématique « Homme / Singe »