Le personnage de Lydia, incarné par Hafsia Herzi, est malheureuse. Elle aurait pu être dentiste car elle ment comme une arracheuse de dents, mais non, elle est sage-femme. Bien que son métier consiste à accompagner, aider et soutenir les femmes qui donnent la vie, elle est incapable de s'occuper d'elle-même, mais ce serait trop facile de la qualifier de monstre ou de démente. Cela commence comme ça, par une remarque anodine, un petit mot sympa pour semer la confusion et ensuite les quiproquos. Les petits mensonges deviennent de plus en plus gros et ça se transforme en imposture. J'aime beaucoup les scènes de bord de mer, où Lydia a un regressus ad uterum (terme utilisé en Littérature Jeunesse pour évoquer un personnage qui se laisse aller pendant son évolution durant l'histoire). Elle sait que ça va s'arrêter, elle veut juste s'offrir un petit moment de bonheur avant la fin de la récréation. Non, pas maintenant. J'ai pas envie que ça s'arrête, doit-elle penser au plus profond de son âme, pour profiter de cet enfant qui n'est pas de son sang, mais qu'elle aime jusqu'au plus profond de sa chair. On se sent un peu empathique pour Lydia malgré la gravité de ses actes ; c'est un acte désespéré, un acte d'amour, car elle a un gros manque affectif à combler. Mais enlever les enfants, c'est puni par la Loi et ça ne se fait pas.
Je fais le parallèle avec la BD Moi, Fadi, le frère volé de Riad Sattouf, qui est malheureusement une histoire vraie contrairement au Ravissement. On ne connaît pas bien les motivations de ce père, décrit comme fou par Fadi dans le Tome 6 de l'Arabe du Futur, mais le calvaire de Fadi a duré presque vingt ans contrairement à Esmée dans le film qui est beaucoup plus court ! Ce sont des attitudes qu'on ne peut pas comprendre, car ces deux enfants n'ont rien demandé, alors que Lydia ne cherche pas à se venger de sa meilleure amie jouée par Nina Meurisse. Pas par jalousie. Elle est juste frustrée en se demandant "Si les autres femmes peuvent avoir des enfants, pourquoi pas moi ?" et elle s'attache à cette enfant qui n'est pas le sien, jusqu'à en faire une fixette sur elle. La fin du film laisse une porte ouverte à un nouveau départ et peut-être que Lydia peut enfin accéder à cette maternité inaccessible au départ et laisser Milos (Alexis Manenti) lui prendre la main et parcourir le chemin ensemble ?