Sage femme pas sisage...
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Déjà, on ne peut dire que "Diaphana Distribution" ait risqué un infarctus des méninges avec un titre aussi stupide, le terme ravissement ayant trois sens distincts.
La locution "enlèvement d'enfant" eut déjà été plus précise, et tout au-moins de nature à susciter davantage l'envie d'aller voir ce film à la très belle nuance d'affiche...
Quand les réalisateurs auront-ils un droit de veto ou de regard sur l’appellation de l'œuvre qu'ils ont créée ?
Née de parents psys et pour son premier long-métrage, la française Iris Kaltenbäck (1988/---) se livre ici à une étude de caractère où l'héroïne du film qui ne supporte pas sa solitude (on ne se sent jamais si seul que dans les villes abondamment peuplées) et développe des tendances perverses innées pour lutter contre son isolement...
La réalisatrice commet l'erreur de débutants sortant de la Femis : ne pas se concentrer dans un premier temps sur la réalisation ou le scénario, (l'un ou l'autre) vouloir trop faire ou trop entreprendre, et se noyer dans son sujet... Et de ne pas avoir fait ce premier film "avec ses tripes" comme le conseillait Melville... Ou de ne pas avoir été suffisamment initiée par un réalisateur influent...
Elle a satisfait ici à son inclination innée à aborder des actes immoraux, ou analyser les contradictions de l'homme (au sens large du mot)...
Au-moins est-elle allée "piquer" son sujet dans la vie réelle... Hélas, l'aventure qu'elle nous conte, si elle est plaisante à suivre voire à certains moments captivante, elle en tue la réalisation elle-même ! Un comble !
Je déteste, par exemple, les récits monotones (dites voix "off") qui interviennent dans un film, et qui étaient jadis le phénomène de référence des films intellos bâclés genre Godard, de la nouvelle vague des sixties, jadis...
Tout d'abord, le récitant non impliqué dans le récit, déclame un texte assorti d'un ton post-mortem, et ça casse complètement le rythme du film. De plus, la plupart du temps on ne comprend pas ce que cette litanie vient faire là...
De plus, un réalisateur mature n'a pas besoin de ce gentre de gadets auditivement insupportable : c'est à la réalisation et ses images elle-même et ses images de faire comprendre l'action qui se déroule ou a eu lieu...
De plus ici, la noria de responsables de la prise de sons est en dessous de tout, du début à la fin et sent l'amateurisme !
Ce qui fait que, l'audio déplorable ajouté à une diction aléatoire des deux protagonistes principaux de ce rapt font que le récit est pénible à suivre...
On ne s'attend pas certes, à ce que tous les comédiens excellent en la matière comme un Lucchini ou un Jouvet, mais à prendre l'habitude de parler à 300 à l'heure, et manger leurs mots, les chuchotements des comédiens dans leurs dialogues, deviennent inaudibles !
Surtout quand ils sont ponctués d'un accent qui n'a rien de marseillais...
Ceci même avec une écoute à partir de sono additive et indépendante, et ne se limitant pas à l'anémique haut-parleur de la plupart des télés modernes : après la qualité d'image phénoménale, désormais difficilement perfectible, quand les efforts d'ingénierie vont-ils se porter vers l'amélioration des sons ? Le terme hi-fi est si galvaudé ! Comme si c'était possible en voiture...
Le casting est nul à tous points de vue : seule Hafsia Herzi, dont les origines algéro-tunisiennes font qu'elle séduit par ses yeux de velours, elle développe une facilité certaine à s'identifier à son personnage avec aisance, et en s'adaptant à des plans qui se suivent et ne se ressemblent pas.
Mais elle n'a pas encore développé cette faculté innée des comédiens de théâtre à se faire comprendre... Il faut parfois la deviner...
Quant à Alexis Manenti, il est bien loin de m'avoir convaincu, et son union ici me rappelle, malgré moi le mariage de la carpe et du lapin...
Précisément dans ce film, Lydia sage-femme vire son ex-copain et ressent tellement le choc de la solitude, qu'elle tombe instantanément raide-dingue d'un chauffeur de bus parisien : les voies de séduction de la femme sont impénétrables, comme la circulation à Paris... Elle lui cède aussitôt son corps et elle croit que le grand amour est arrivé... Heureusement pour beaucoup, la beauté d'un homme est souvent secondaire aux yeux d'une femme...
Mais pour lui, cette sympathique passade n'était que pure gymnastique et basta, à la suivante...
Le hasard ne faisant pas toujours bien les choses, il la reverra dans une maternité, porteuse d'un bébé dans les bras... Les concours de circonstances aidant, la sage-femme lui fait avaler que le bébé est le sien, et qu'il en est le père.... (Je me demande comment la sage-femme a fait pour obtenir un contrôle ADN bidon...) Le mensonge est devenu un fait semblant tellement authentique que le faux couple emmène le bébé au bord de la mer...
Mais la machine judiciaire d'enlèvement de bébé s'est mise en route, telle un rouleau compresseur, et va poindre... d'autant que les faux parents ne font rien pour se cacher...
Pas mal pour un essai, mais tellement perfectible ! Pas un coup de génie commercialement :
76 590 spectateurs en salles...
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Arte le 26.07.2025-