La Fracture avait été une bonne surprise, l’occasion assez rare de voir un Grand Théâtre Lumière de Cannes mort de rire devant un film en compétition, même si le potentiel de ce film au palmarès laissait assez dubitatif. Le retour de Corsini en sélection en 2023 avec le retour questionne une fois de plus sur les automatismes de cinéastes ayant soudain obtenu le carré VIP, et considérés comme des habitués. En faisant l’effort de l’impasse sur toutes les polémiques entachant ses conditions de tournage et d’autres obscurs règlements de compte qui auraient dû se cantonner à l’interne, on peut considérer le film pour ce qu’il est, à savoir le récit d’un retour au pays natal par une femme ayant fui la Corse 15 ans plus tôt avec ses deux filles en bas âge. Corsini affirme d’emblée ses velléités d’intrigue psychologique (mon Dieu, que s’est-il donc passé ce jour-là), qu’elle file sur un récit où la majorité des personnages répondront « Je sais pas » pendant les ¾ du métrage, histoire de prolonger le plaisir.
Le Retour est un ersatz de soap, qui se voudrait une parenthèse solaire où les cœurs se dévoilent : maman couche avec le meilleur ami de feu son mari, l’ainée Science-Po s’initie aux plaisirs saphiques avec une oisive blanche de la gauche caviar, et la cadette deale du shit en volant le matos à un plagiste, archétype du Corse (mais oui, il a les polyphonies d’I Muvrini comme sonnerie de téléphone) raciste et bas du front mais qui finalement aura un grand cœur.
Rien ne fonctionne vraiment, et chaque personnage est le représentant machinal d’une classe sociale, d’une couleur de peau ou d’une petite médiocrité à critique (ah là là, Podalydès condescendant malgré lui avec l’étudiante brillante racisée versus sa fille qui fout rien au bord de la piscine, tandis que sa nouvelle épouse se décharge des mômes sur la nounou mère de l’étudiante en question…)
Histoire d’éto(u)ffer un peu les enjeux, on aura aussi droit à un journal intime lu à voix haute qui heurte les sentiments de la jeune sœur candidate malgré elle au statu de racaille (elle dit « MDR genre »), une grand-mère Corse en fait pas morte et une tentative de suicide au frein à main levé, scène aussi vigoureuse que l’ensemble d’un film qui cherche pourtant à dériver vers un Project X Calvi avec cocktail de drogue, overdose et vomi pour tout de même un peu encanailler la rate des bibliothèques. En découle un film à peu près aussi offensif qu’un petit beurre qu’on aurait laissé trainer sous une table basse par une nuit humide.