Terriblement kitsch, cette suite du film d’Umberto Lenzi est totalement ancrée dans son époque. Ambiance pop, ironie grinçante renvoyant au fameux « fumetti » du même nom et goût pour un développement bondien avec récit débutant en Grande-Bretagne pour s’achever au Liban en passant par la Turquie, l’ensemble réussit son ambition, à savoir de divertir. D’un début très série sixties (tournage en studio, décors minimalistes, personnages caricaturaux), le film glisse ensuite astucieusement vers un film d’aventure dépaysant qui rappelle les titres européens d’espionnage des années 1960. Le réalisateur met ainsi à jour le budget confortable dont il a pu disposer pour exécuter cette suite qui reprend les ingrédients du film de Lenzi avec une intrigue plus lisible et des péripéties simplistes mais efficaces.


Ce n’est pas du grand cinoche mais cette entreprise faussement naïve parvient à mélanger les genres avec un véritable savoir-faire. Action, suspense, film noir, espionnage, aventure, comédie, thriller, comme souvent dans le cinéma d’exploitation italien, on mélange le tout et on parvient à sortir des titres populaires qui ravissent le public. Le ravissement est ici limité, évidemment, surtout après de nombreuses décennies, mais le sens du rythme y est évident et le refus de la bienséance fort appréciable. Dans le rôle de Kriminal, Glenn Saxson est parfait. Le beau gosse au cœur noir qui tue vieilles dames, jeunes demoiselles et innocents gênants sans sourciller, sinon en lançant quelques sarcasmes, est un personnage qui détonne. On doit le détester, on le doit le craindre, mais le récit fait tout pour le rendre appréciable aux yeux du spectateur. Certains choix scénaristiques n’en sont dans ce contexte que plus redoutables.


Évidemment le rôle d’équilibriste du réalisateur n’est pas toujours assuré et certaines séquences ne tiennent pas debout. Quand la peur imaginée fait sourire et que le rire attendu est gênant (la tenue de Kriminal qui paraît sortie toute droite d'un épisode de Scoubidou), le nanar n’est jamais bien loin mais toute la dernière ligne droite qui rapproche le film d’un récit d’aventures dans les très belles ruines libanaises donne à l’ensemble un véritable crédit. Pas aussi mauvais qu’on pourrait le craindre, voilà un divertissement, évidemment dispensable, mais qui se regarde avec un certain plaisir coupable pour les amateurs de ce cinéma démodé mais pas idiot.


5,5/10

Play-It-Again-Seb
6

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le 21 oct. 2024

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PIAS

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