Ravi de découvrir ce western (1941) de Henry Hathaway resté confidentiel puisque jamais sorti en France. Le vrai titre est "the shepherd of the hills" qui est bien plus beau que "le retour du proscrit" ou "le prisonnier de la haine". Mais c'est vrai que le titre original ne faisait peut-être pas assez western…

D'ailleurs, Hathaway a dû laisser, à contre cœur, la Paramount charcuter le film initialement prévu pour deux heures afin d'atteindre une heure et demie. Insatisfait, Hathaway est parti en claquant la porte de la Paramount, nous dit un très enthousiaste Patrick Brion dans le bonus du DVD. Et on voit tout de suite que le film avait certainement d'autres ambitions que d'être une simple série B.

Le scénario est plutôt original puisque décrit un monde vivant en vase clos dans les monts Ozark aux confins de l'Arkansas et du Missouri, à fabriquer de l'alcool de contrebande et à ressasser de vieilles histoires, à entretenir la haine et les jalousies. En effet, une vingtaine d'années auparavant, un homme est parti laissant son épouse mourante et son fils encore bébé, Matt. Et Matt (John Wayne) maintenant adulte, a été élevé dans la haine de ce père.

Le film est assez prévisible avec l'arrivée de cet étranger (Harry Carey) qui veut s'installer là contre toutes les règles du bon sens et acheter une ferme maudite. L'étranger n'aura de cesse d'apporter une certaine bienveillance et, surtout, de contribuer à ouvrir cette société sur l'extérieur. C'est avec plaisir qu'on suit l'évolution de tous ces personnages pour diverses raisons. D'abord, la mise en scène dans un joli paysage de montagnes et de forêts, tourné en technicolor est plaisante. Et puis, le film est plein de lyrisme pour peindre ces gens finalement très simples, très frustes, vivant dans un certain dénuement et dans un monde de superstitions, loin de la civilisation à cause de leurs activités illicites.

Le spectateur devine très vite qui se cache derrière cet étranger qui va devoir affronter le jeune Matt avec sa haine. Et c'est quelque chose que j'ai trouvé de très puissant dans ce western d'avoir eu l'idée de mettre face à face Harry Carey, acteur de légende du western au temps du muet et d'avant-guerre avec John Wayne, la star montante du western. D'autant plus que John Wayne n'a jamais caché sa grande admiration pour l'acteur (fordien) Harry Carey : un père et son fils au moins spirituel …

Il faut avouer aussi que le rôle dévolu à Harry Carey est superbe. La scène où il fait revenir à la vie la petite fille qui s'était étranglée est pleine de grandeur, entre les parents désespérés et la grand-mère aveugle qui interpelle Harry Carey, "Stranger" et s'empare de sa main. Le tout sous une musique ad hoc.

John Wayne ne démérite pas non plus dans ce rôle en demi-teinte même si on ne le voit pas dégainer souvent. Il se contentera juste d'une bagarre contre Ward Bond, d'accord … Là aussi, il est plaisant et inhabituel de le voir, en plein lyrisme avec ses répliques elliptiques, essayer de se dépatouiller avec sa haine envers ce père qu'il n'a jamais connu.

Mais, c'est une actrice tout-à-fait remarquable qui est le vrai pivot de cette histoire : Betty Field que je découvre et qui vit son rôle à fond. Charmante et pieds nus, elle ne cesse de galoper, ici pour couvrir son père, là pour protéger Harry Carey, ailleurs pour empêcher John Wayne de faire une bêtise. On est aussi en plein lyrisme avec elle. Si Harry Carey est là dans ce film pour dénouer la crise de cette famille empêtrée dans sa haine, alors c'est Betty Field qui porte l'espoir d'une vie meilleure.

J'ai adoré sa réplique quand elle met son pied dans une flaque d'eau où le ciel se reflète : "j'ai failli marcher sur un nuage".

Captivante, quand, toujours pieds nus, elle monte un escalier à reculons en récitant des formules (secrètes) pour conjurer le mauvais sort …

On ne trouvera pas dans ce western de grandes chevauchées, de poursuites infernales ou de duels à la winchester. Certes. On y trouvera juste de beaux personnages de l'Ouest américain qui finiront, bien entendu, par triompher de la haine et de l'obscurité …


JeanG55
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le 24 juil. 2025

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