«Tu t'attendais à quoi ? Des têtes qui tournent et du vomi vert ?»
Voilà en quelques mots résumé l'état d'esprit de ce Rite. Dans la droite lignée de l'Exorciste et autres films du genre, on sait à peu près à quoi s'attendre dès le départ... reste juste à découvrir la façon dont le réalisateur et les scénaristes vont nous y conduire. Et autant le dire clairement, si Le Rite ne restera pas très longtemps dans les mémoires (à part peut-être pour Anthony Hopkins venu cachetonner dans une prestation toutefois très honorable), il n'en reste pas moins un divertissement plaisant à suivre de bout en bout qui parvient même à tirer son épingle du jeu par un petit côté décalé né de la confrontation entre le jeune diacre Thomas Kovac (sceptique parmi les sceptiques face à l'existence du Démon... et même de sa propre foi) et le Père Lucas (incarné par Hopkins) en vieux routard blasé de l'exorcisme et revenu de tout. Il en ressort quelques échanges savoureux avec un Kovac qui n'hésite pas à troller le démon dans une scène pourtant pleine de tension (« si tu n'existes pas, je ne peux pas te craindre ») ou quelques auto-références au genre avec un Père Lucas qui n'hésite pas à brocarder l'Exorciste pourtant devenu le mètre-étalon des films du genre (« Tu t'attendais à quoi ? des têtes qui tournent et du vomi vert ? »). Bref, Le Rite réussit subtilement à se prendre assez au sérieux (il ne tombe pas dans le piège grandguignolesque d'Insidious, par exemple) tout en offrant un peu de second degré et de dérision à même de faire sourire volontairement le spectateur. Il réussit donc là où d'autres se sont cassés les dents.
Néanmoins, en dépit de ces qualités indéniables, Le Rite pèche par d'autres aspects qui en font un film sympathique mais vite oublié. Au-delà d'un ou deux passages risibles (et bien involontairement cette fois, comme la vision du mulet démoniaque), le film manque surtout de vrais moments de frayeurs (de ceux qui vous font réellement sursauter). De même, et c'est sans doute une conséquence de ce qui précède, le film ne décolle finalement jamais véritablement, même au moment de l'inévitable affrontement final qui devrait pourtant être le climax du film. C'est sans doute un parti-pris du réalisateur que de la jouer « film d'exorcisme réaliste » (d'où l'invective précitée du Père Lucas...)... mais le résultat est là : le film manque d'un soupçon de tension pour impliquer un minimum le spectateur. On jettera également un voile pudique sur le vrai faux-twist lors du « combat » final... qu'on voit d'ailleurs venir gros comme une maison et qui ne piègera pas le spectateur normalement éveillé.
Reste néanmoins un film sympathique à suivre pour les amateurs du genre qui vaut tout autant pour la bonne performance d'Anthony Hopkins qui cabotine à l'envie en prêtre exorciste blasé à souhait, pour quelques dialogues bien sentis à même de dérider le spectateur amateur de second degré mais aussi pour l'esthétique réussie de la photographie au Vatican et dans les rues de Rome (qui n'est pas sans rappeler le Hannibal de Ridley Scott avec le même Anthony Hopkins). Pas inoubliable... mais un bon divertissement quand même. On a vu mieux... mais on a surtout vu bien pire.