Le film ne fait que 72 minutes, oui, mais il s’agit de 72 minutes denses et obscures. Et avec une couche de « provocation obscène », ce qui explique possiblement pourquoi Bergman, alors qu’il se fendait d’une présentation avant la diffusion du film à la TV suédoise et finlandaise, a demandé malicieusement aux spectateurs d’éteindre leur téléviseur pour se rendre plutôt au cinéma.
De fait, il est étonnant d’entendre en 1969 un personnage de mari expliquer crûment à l’amant de sa femme comment il faut s’y prendre pour bien la faire jouir. De même la réaction incontrôlée d’un juge alors qu’il fait subir un interrogatoire à cette femme est aussi pas mal surréaliste. Et je ne parle même pas du Rite éponyme qui, parmi plusieurs choses, est très Priape approved !
Mais au-delà de l’obscénité (finalement très dispersée), c’est surtout la densité du dialogue qui décoiffe. Structuré en huit scènes, le film apparaît comme une pièce de théâtre avec des personnages qui, dès le début, parlent, parlent et parlent sans temps morts. Le lecteur doit s’accrocher pour comprendre que ces personnages sont des acteurs qui vont devoir s’expliquer devant un juge à cause d’un spectacle obscène qu’ils ont joué : Le Rite.
Du coup on est content que le film ne dure qu’1H12. Mais quitte à évoquer une densité verbale et un foisonnement formel (comme toujours chez Bergman, la photographie est inventive), je préfère largement ce film au 8 et demi de Fellini, vu récemment et qui m’a laissé de marbre. Finalement, le Rite propose au spectateur d’assister au combat entre l’art et l’autorité de l’état qui a les moyens de censurer les œuvres. Les artistes apparaissent comme des personnes joliment névrosées, mais c’est aussi le cas du juge qui, malgré son aspect lisse et calme va, au contact successif des trois artistes, libérer aussi ses propres névroses. Les trois comédiens auront un avantage sur lui, celui de faire finalement leur miel de leurs tares afin de créer une œuvre qui, dans cette lutte contre l'ordre moral, aura le mot de la fin.